dimanche 14 juin 2009

Elections en Iran

Voici des échos de l'Iran: les commentaires d'un ami iranien qui me demande de faire circuler les images qu'il a prises dans la rue hier (samedi 13 juin). Il répond à un courriel où je lui demandais s'il pensait qu'il y avait eu beaucoup de fraude.


Yasmine,

Oui je suis sure qu'il fait comme ça. C'est clair. En plus, ils ont détourné notre sentiment. C'est, à mon avis, l'abus d'utilisation des moyens démocratiques par les dictateurs pour dire que nous sommes libérales et tous les mondes sont libres en expression ses idées et ils ont le droit de critiquer les autres. Nous avons décidé de changer Ahmadinejad et c'est pour ça que tous les iraniens, soi contres la Révolution ou non, ont participé en élection et c'est pour ça que le nombre de participant a augmenté. Mais nous avons trouvé le résultat complètement inverse ; le résultat qu'est contraire de la preuve ordinaire et les espoirs de people. Ce ne peut pas être possible ! Par exemple à Téhéran et les grandes villes, j'ai vu les mouvements organisés des étudiants et les intellectuels supportant le réformateur Mussavi ; on doit dire les majorités en vrai. Normalement, le résultant chez nous doit être inverse.

Yasmine, je suis très désespéré !! Nous avons des problème d'accès à l'internet.

(il conclut en me disant que sa famille va bien, que Dieu les garde)





Pour davantage de photos, http://tehranlive.org/2009/06/14/iranian-protest-election-results-2/

Difficile de donner un avis éclairé sur la question. Forcément j'étais enthousiaste pour Moussavi. Un réformateur intelligent et cultivé, ami des arts, époux d'une universitaire brillante, qui avait soulevé un espoir extraordinaire - dans une société que j'avais découverte comme dynamique, portée vers le changement, et exigeant davantage de liberté. Alors je voulais croire que les Iraniens eux aussi pouvaient se débarrasser de leur Bush, d'autant qu'Ahmadinejad exaspérait même ses partisans par ses sorties intempestives et son incompétence en matière économique.
Mais en visitant l'Iran je m'étais rendue compte aussi que je ne voyais qu'une partie de la société, ceux qui parlent anglais, qui sont tournés vers l'Occident. Les masses de tchadoris, ceux qui vont manifester le vendredi lors de la grande prière, ceux qui critiquent les réformateurs bourgeois depuis des campagnes délaissées (et à qui Ahmadinejad a envoyé des sacs de patates, pour se concilier leurs voix), ceux là je ne les rencontrais pas, et pourtant je savais qu'ils étaient nombreux. C'est un peu comme en France; je ne connais quasiment personne, autour de moi, qui vote Sarkozy, je vois d'immenses manifestations contre le gouvernement, et pourtant l'UMP continue de l'emporter aux élections...
Après ce préambule invitant à une prudence de sociologue, il reste que les fraudes sont probablement considérables - d'autant que les populations urbaines éduquées, qui avaient plus ou moins boycotté le précédent scrutin, s'étaient cette fois déplacées en masse. Pour rester dans la comparaison, l'UMP ne fait pas 60% au premier tour. Et il m'est difficile d'imaginer un tel succès électoral dans un pays où on m'interpelait, dans la rue, pour me dire que le président était stupide et que je ne devais pas juger les Iraniens à l'aune de leurs dirigeants.
Les pratiques douteuses en matière de censure, de blocage d'internet et de facebook notamment, n'invitent pas à croire en la bonne foi de ceux qui ont proclamé la victoire du conservateur. Rien que le fait d'avoir coupé le réseau de téléphones portables, qui auraient permis une vérification en temps réel des résultats des bureaux de vote, n'incite pas à faire confiance aux résultats annoncés.

jeudi 2 avril 2009

Condamnations immédiates

(trop de gens considèrent que la justice est laxiste en France. Voici un aperçu de sa rigueur ordinaire. Cette pièce est de ma plume, cela faisait longtemps que je n'avais pas pris la parole de ma propre voix... )

Lundi 30 mars, 13h30, tribunal de grande instance de Paris.
On les appellera S et T. Ils sont jeunes, une vingtaine d’années. L’un est un peu basané, veste en jean, l’autre est noir, blouson noir. Ils sont tous deux dans le box des accusés et comparaissent pour « extorsion d’un bien », en l’occurrence, des cigarettes.
S et T reconnaissent les faits, et acceptent d’être jugés immédiatement. Le 28 mars (samedi dernier), à 21h35, ils marchaient dans la rue et ont vu quelqu’un avec un paquet de cigarettes. « Un Roumain ». Ils lui ont demandé des cigarettes, il a refusé, T lui aurait alors montré l’arme (factice) qu’il portait à la ceinture. Le « Roumain » aurait tendu son paquet de cigarettes, S et T en auraient pris deux, et seraient partis. Le « Roumain » a aussitôt prévenu la police, qui a arrêté S et T, les a placés en garde à vue.
La juge demande à S et T d’expliquer leur conduite. Parlez plus fort. Et sortez les mains de vos poches, vous êtes au tribunal ici. « Je sais pas madame, je lui ai juste demandé des cigarettes et c’est lui il s’est approché de moi, il m’a tendu son paquet au visage et il m’a fait ‘non’ ! là je me suis senti comment dire agressé… pas agressé mais voilà quoi… et je lui ai dit toi tu sais pas ce que les gens ils ont sur eux… c’est tout ».
La juge s’étrangle d’indignation – c’est énervant de se faire sans arrêt taxer des cigarettes à tous les coins de rues ! et s’il refuse, c’est son droit le plus strict !
Elle lit l’enquête sociale, à charge. « M.T., vous êtes né à Kinshasa en 1988. Votre père est éboueur et votre mère est femme de ménage. Vous étiez en CAP, votre manager dit que c’est fini ( T murmure « Ah, il m’a viré alors ! »)… Enfance chaotique…. »
S a refusé l’enquête sociale. Condamné à plusieurs reprises, il est « en état de récidive légale ». Sans emploi, lorsque la juge lui demande ce qu’il veut faire dans la vie il dit qu’il veut s’inscrire dans un camp « seconde chance » de l’armée.
Mme le procureur prend la parole, s’étonne de l’absence de remords des prévenus qui en viendraient presque à reprocher à la victime d’avoir refusé les cigarettes. Elle souligne cependant que, compte tenu du faible préjudice (il s’agit de cigarettes), elle requiert du tribunal une dérogation à la peine plancher de 3 ans prévue pur S, en état de récidive légale. Elle requiert contre lui 18 mois fermes, avec mandat de dépôt. Pour T, qui a un casier judiciaire vierge, elle requiert 10 mois.
Au tour de l’avocat de permanence (qui a assuré la défense des trois affaires précédentes) : « Les faits ne sont pas anodins, et je partage votre analyse. Bien que le préjudice soit faible, il faut qu’il y ait condamnation. » Il plaide pour un sursis-mise à l’épreuve (SME), avec suivi psychologique.
L’affaire est mise en délibéré. L’audience est suspendue pour une heure. Une heure pour décider de l’avenir des sept prévenus passés pendant la première partie de cette audience - une affaire de tentative de vol de sac à main ; un vol de i-pod dans le métro ; une affaire de stup dont la principale victime est le prévenu lui-même, malade du sida, condamné 43 fois pour des faits similaires, et qui demande à aller à la prison de Fresnes, pour les soins ; et cette affaire d’extorsion de cigarettes.
Peine plancher de 3 ans en cas de récidive… pour vol de cigarettes…

Les comparutions immédiates sont une procédure correctionnelle d’urgence, qui existe depuis deux siècles. Utilisée principalement dans les tribunaux des grandes villes, elle est l’instrument privilégié de l’Etat pour contrôler la petite délinquance urbaine. Décriée pour son caractère expéditif, la procédure est plus complexe qu’il n’y paraît lors des observations d’audience : dans un ouvrage sur les comparutions immédiates, Angèle Christin dissèque les mécanismes de coulisse, depuis la notification en garde à vue, jusqu’à l’audience, en passant par l’instruction du dossier et l’entretien avec le procureur. Il reste que le personnel judiciaire, pourtant soucieux de marquer son indépendance, joue finalement le jeu de la répression, et les condamnations à des peines de prison ferme sont presque deux fois plus élevées dans les procédures de comparution immédiates que dans les autres procédures (Annuaire statistique de la justice 2006, cité par A. Christin, Comparutions immédiates, La Découverte, 2008).

La juge revient. La tentative de vol de sac à main prend 18 mois ferme. Le vol d’i-pod en réunion écope d’une peine « clémente » compte tenu des garanties d’insertion et du faible préjudice : 8 mois fermes pour l’un, 6 mois fermes pour l’autre. L’affaire de stup est renvoyée. Et pour les clopes : 12 mois de prison dont 4 avec sursis, assorti d’une obligation de travail, de domicile et de soins pour S. 12 mois de prison dont 6 avec sursis mise à l’épreuve pour T. Les deux sont placés sous mandat de dépôt, c’est-à-dire qu’ils seront conduits directement du tribunal à la prison, et seront incarcérés pendant respectivement 8 mois et 6 mois. Une jeune femme sort brusquement de la salle en pleurant.
L’affaire suivante est appelée, dans une confusion générale. Les prévenus comparaissent libres, ils sont sept, ont tous entre 18 et 19 ans, et la juge leur demande de se placer en rang d’oignon devant elle, suivant l’ordre d’appel. Les jeunes, qui chahutaient dans les couloirs pendant la suspension d’audience, sont maintenant calmes, les mains dans le dos et la tête baissée. Prêts à être punis. Ils sont accusés d’agression et de vol en réunion dans le RER : ils auraient pris à partie un passager du RER C, l’auraient dépouillé de son i-pod et l’auraient tabassé. La victime – qui n’est pas présente par crainte de représailles, indique son avocat - a fourni des certificats médicaux attestant de la gravité des blessures (cinq jours d’incapacité de travail).
Face à la juge, les jeunes font un bloc de silence. Ils sont tous noirs ou basanés, de milieu populaire. Ils viennent tous de l’école de la seconde chance « Epide », qui se trouve à ---- . Ils ne reconnaissent pas les faits : « j’ai rien fait et j’ai rien vu, madame ». Un seul brise la règle (il a un passé pénal, et un sursis au dessus de la tête) : il dit qu’il a vu une agression, hésite, dit que les agresseurs ne sont pas ceux présents dans la salle. La juge est agacée. Elle donne la parole à Mme le procureur, qui réclame des peines allant de 1 à 2 ans fermes selon l’implication des accusés dans l’affaire ; deux devront être relaxés, divers témoignages les mettent hors de cause.
Les avocats de la défense prennent la parole à tour de rôle. L’affaire, qui paraissait jusqu’ici assez simple prend une tournure autrement plus complexe. Près de 120 jeunes venant de cette école se trouvaient dans le RER à ce moment là ; l’identification des prévenus par la victime a sensiblement varié d’un PV d’audition à l’autre, sauf en ce qui concernait les deux « leaders ». Celui qui est absent et C. , qui dit qu’il n’a rien à voir dans l’histoire. On ne sait pas bien qui était dans le wagon, qui se trouvait à l’étage supérieur ou à l’étage inférieur, qui est intervenu comme complice et qui est intervenu pour séparer… Les avocats plaident la clémence, d’autant que tous les jeunes ont été suspendus de l’école à cause de cette affaire, et qu’on ne peut leur reprocher de ne pas répondre aux questions compte tenu des circonstances .
L’audience est levée. Les avocats viennent faire leurs pronostics ; certains jeunes sont silencieux, d’autres plaisantent entre eux. Deux intervenants associatifs sont outrés de ce qu’ils voient comme une injustice flagrante : leur protégé, qu’ils connaissent depuis qu’il est tout petit, et qui est très actif dans l’association, est accusé d’avoir pris le téléphone portable de la victime, alors même que la police avait établi que c’était le sien « On a dit que c’était l’un des agresseurs, mais lui il ferait de mal à personne ! en plus la victime a dit que l’agresseur avait les « dents du bonheur » - alors que lui, il a les dents parfaitement alignées ! ». La présidente de l’association « Une oasis dans la ville », est scandalisée de la procédure ; « quand on pense que ceux qui volent des millions ne sont même pas inquiétés ! ». Elle aura les larmes aux yeux lors du verdict.

Rendu de la décision. Deux obtiennent la relaxe. Les autres sont reconnus coupables et écopent de : 12 mois ferme pour le leader absent ; 6 mois fermes et 6 mois « SME » pour le numéro 2 « dents du bonheur » ; 4 mois fermes et 8 mois « SME » pour celui qui dit être intervenu pour séparer les autres. Pour les deux derniers, dont le rôle n’a pas été vraiment établi (ont ils donné des coups ? ont ils simplement regardé l’agression ? étaient-ils réellement présents ?), 2 mois fermes et 10 mois « SME ». Aucun mandat de dépôt n’a été retenu, les jeunes seront convoqués par le juge d’application des peines. Lourd silence.

Condamnations immédiates

(trop de gens considèrent que la justice est laxiste en France. Voici un aperçu de sa rigueur ordinaire. Cette pièce est de ma plume, cela faisait longtemps que je n'avais pas pris la parole de ma propre voix... )

Lundi 30 mars, 13h30, tribunal de grande instance de Paris.
On les appellera S et T. Ils sont jeunes, une vingtaine d’années. L’un est un peu basané, veste en jean, l’autre est noir, blouson noir. Ils sont tous deux dans le box des accusés et comparaissent pour « extorsion d’un bien », en l’occurrence, des cigarettes.
S et T reconnaissent les faits, et acceptent d’être jugés immédiatement. Le 28 mars (samedi dernier), à 21h35, ils marchaient dans la rue et ont vu quelqu’un avec un paquet de cigarettes. « Un Roumain ». Ils lui ont demandé des cigarettes, il a refusé, T lui aurait alors montré l’arme (factice) qu’il portait à la ceinture. Le « Roumain » aurait tendu son paquet de cigarettes, S et T en auraient pris deux, et seraient partis. Le « Roumain » a aussitôt prévenu la police, qui a arrêté S et T, les a placés en garde à vue.
La juge demande à S et T d’expliquer leur conduite. Parlez plus fort. Et sortez les mains de vos poches, vous êtes au tribunal ici. « Je sais pas madame, je lui ai juste demandé des cigarettes et c’est lui il s’est approché de moi, il m’a tendu son paquet au visage et il m’a fait ‘non’ ! là je me suis senti comment dire agressé… pas agressé mais voilà quoi… et je lui ai dit toi tu sais pas ce que les gens ils ont sur eux… c’est tout ».
La juge s’étrangle d’indignation – c’est énervant de se faire sans arrêt taxer des cigarettes à tous les coins de rues ! et s’il refuse, c’est son droit le plus strict !
Elle lit l’enquête sociale, à charge. « M.T., vous êtes né à Kinshasa en 1988. Votre père est éboueur et votre mère est femme de ménage. Vous étiez en CAP, votre manager dit que c’est fini ( T murmure « Ah, il m’a viré alors ! »)… Enfance chaotique…. »
S a refusé l’enquête sociale. Condamné à plusieurs reprises, il est « en état de récidive légale ». Sans emploi, lorsque la juge lui demande ce qu’il veut faire dans la vie il dit qu’il veut s’inscrire dans un camp « seconde chance » de l’armée.
Mme le procureur prend la parole, s’étonne de l’absence de remords des prévenus qui en viendraient presque à reprocher à la victime d’avoir refusé les cigarettes. Elle souligne cependant que, compte tenu du faible préjudice (il s’agit de cigarettes), elle requiert du tribunal une dérogation à la peine plancher de 3 ans prévue pur S, en état de récidive légale. Elle requiert contre lui 18 mois fermes, avec mandat de dépôt. Pour T, qui a un casier judiciaire vierge, elle requiert 10 mois.
Au tour de l’avocat de permanence (qui a assuré la défense des trois affaires précédentes) : « Les faits ne sont pas anodins, et je partage votre analyse. Bien que le préjudice soit faible, il faut qu’il y ait condamnation. » Il plaide pour un sursis-mise à l’épreuve (SME), avec suivi psychologique.
L’affaire est mise en délibéré. L’audience est suspendue pour une heure. Une heure pour décider de l’avenir des sept prévenus passés pendant la première partie de cette audience - une affaire de tentative de vol de sac à main ; un vol de i-pod dans le métro ; une affaire de stup dont la principale victime est le prévenu lui-même, malade du sida, condamné 43 fois pour des faits similaires, et qui demande à aller à la prison de Fresnes, pour les soins ; et cette affaire d’extorsion de cigarettes.
Peine plancher de 3 ans en cas de récidive… pour vol de cigarettes…

Les comparutions immédiates sont une procédure correctionnelle d’urgence, qui existe depuis deux siècles. Utilisée principalement dans les tribunaux des grandes villes, elle est l’instrument privilégié de l’Etat pour contrôler la petite délinquance urbaine. Décriée pour son caractère expéditif, la procédure est plus complexe qu’il n’y paraît lors des observations d’audience : dans un ouvrage sur les comparutions immédiates, Angèle Christin dissèque les mécanismes de coulisse, depuis la notification en garde à vue, jusqu’à l’audience, en passant par l’instruction du dossier et l’entretien avec le procureur. Il reste que le personnel judiciaire, pourtant soucieux de marquer son indépendance, joue finalement le jeu de la répression, et les condamnations à des peines de prison ferme sont presque deux fois plus élevées dans les procédures de comparution immédiates que dans les autres procédures (Annuaire statistique de la justice 2006, cité par A. Christin, Comparutions immédiates, La Découverte, 2008).

La juge revient. La tentative de vol de sac à main prend 18 mois ferme. Le vol d’i-pod en réunion écope d’une peine « clémente » compte tenu des garanties d’insertion et du faible préjudice : 8 mois fermes pour l’un, 6 mois fermes pour l’autre. L’affaire de stup est renvoyée. Et pour les clopes : 12 mois de prison dont 4 avec sursis, assorti d’une obligation de travail, de domicile et de soins pour S. 12 mois de prison dont 6 avec sursis mise à l’épreuve pour T. Les deux sont placés sous mandat de dépôt, c’est-à-dire qu’ils seront conduits directement du tribunal à la prison, et seront incarcérés pendant respectivement 8 mois et 6 mois. Une jeune femme sort brusquement de la salle en pleurant.
L’affaire suivante est appelée, dans une confusion générale. Les prévenus comparaissent libres, ils sont sept, ont tous entre 18 et 19 ans, et la juge leur demande de se placer en rang d’oignon devant elle, suivant l’ordre d’appel. Les jeunes, qui chahutaient dans les couloirs pendant la suspension d’audience, sont maintenant calmes, les mains dans le dos et la tête baissée. Prêts à être punis. Ils sont accusés d’agression et de vol en réunion dans le RER : ils auraient pris à partie un passager du RER C, l’auraient dépouillé de son i-pod et l’auraient tabassé. La victime – qui n’est pas présente par crainte de représailles, indique son avocat - a fourni des certificats médicaux attestant de la gravité des blessures (cinq jours d’incapacité de travail).
Face à la juge, les jeunes font un bloc de silence. Ils sont tous noirs ou basanés, de milieu populaire. Ils viennent tous de l’école de la seconde chance « Epide » (le "plan banlieues" de l'armée de terre). Ils ne reconnaissent pas les faits : « j’ai rien fait et j’ai rien vu, madame ». Un seul brise la règle (il a un passé pénal, et un sursis au dessus de la tête) : il dit qu’il a vu une agression, hésite, dit que les agresseurs ne sont pas ceux présents dans la salle. La juge est agacée. Elle donne la parole à Mme le procureur, qui réclame des peines allant de 1 à 2 ans fermes selon l’implication des accusés dans l’affaire ; deux devront être relaxés, divers témoignages les mettent hors de cause.
Les avocats de la défense prennent la parole à tour de rôle. L’affaire, qui paraissait jusqu’ici assez simple prend une tournure autrement plus complexe. Près de 120 jeunes venant de cette école se trouvaient dans le RER à ce moment là ; l’identification des prévenus par la victime a sensiblement varié d’un PV d’audition à l’autre, sauf en ce qui concernait les deux « leaders ». Celui qui est absent et C. , qui dit qu’il n’a rien à voir dans l’histoire. On ne sait pas bien qui était dans le wagon, qui se trouvait à l’étage supérieur ou à l’étage inférieur, qui est intervenu comme complice et qui est intervenu pour séparer… Les avocats plaident la clémence, d’autant que tous les jeunes ont été suspendus de l’école à cause de cette affaire, et qu’on ne peut leur reprocher de ne pas répondre aux questions compte tenu des circonstances .
L’audience est levée. Les avocats viennent faire leurs pronostics ; certains jeunes sont silencieux, d’autres plaisantent entre eux. Deux intervenants associatifs sont outrés de ce qu’ils voient comme une injustice flagrante : leur protégé, qu’ils connaissent depuis qu’il est tout petit, et qui est très actif dans l’association, est accusé d’avoir pris le téléphone portable de la victime, alors même que la police avait établi que c’était le sien « On a dit que c’était l’un des agresseurs, mais lui il ferait de mal à personne ! en plus la victime a dit que l’agresseur avait les « dents du bonheur » - alors que lui, il a les dents parfaitement alignées ! ». La présidente de l’association « Une oasis dans la ville », est scandalisée de la procédure ; « quand on pense que ceux qui volent des millions ne sont même pas inquiétés ! ». Elle aura les larmes aux yeux lors du verdict.

Rendu de la décision. Deux obtiennent la relaxe. Les autres sont reconnus coupables et écopent de : 12 mois ferme pour le leader absent ; 6 mois fermes et 6 mois « SME » pour le numéro 2 « dents du bonheur » ; 4 mois fermes et 8 mois « SME » pour celui qui dit être intervenu pour séparer les autres. Pour les deux derniers, dont le rôle n’a pas été vraiment établi (ont ils donné des coups ? ont ils simplement regardé l’agression ? étaient-ils réellement présents ?), 2 mois fermes et 10 mois « SME ». Aucun mandat de dépôt n’a été retenu, les jeunes seront convoqués par le juge d’application des peines. Lourd silence.

jeudi 19 février 2009

Crever de manière autonome

(encore un texte qui n'est pas de moi)

Autonomie des universités: l’imposture
* Par Thomas Piketty

Pourquoi l’autonomie des universités, idée séduisante en théorie, provoque-t-elle une telle colère ? Par quel prodige Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse ont-ils réussi à réunir tout le monde contre eux, des mandarins de gauche aux mandarins de droite, des étudiants aux jeunes enseignants chercheurs, sur ce qu’ils considèrent pourtant comme le «chantier prioritaire du quinquennat», la «priorité des priorités»? Tout simplement parce que l’idéologie, l’incompétence et l’improvisation règnent en maître au sommet de l’Etat.

Cela n’avait strictement aucun sens de se lancer dans de telles réformes avec des moyens humains et financiers en baisse, ou au mieux en stagnation. On peut retourner les documents budgétaires dans tous les sens : la vérité est qu’il n’y a pas eu d’augmentation des moyens récurrents alloués aux universités, écoles et centres de recherches, contrairement à ce que prétend le pouvoir. La seule hausse significative provient de l’explosion du crédit impôt recherche (réduction d’impôt sur les bénéfices des sociétés, en fonction de leurs dépenses internes de recherche développement), mesure dont on peut discuter les mérites (a priori les effets d’aubaine semblent largement l’emporter), mais qui ne concerne aucunement les budgets des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Que Nicolas Sarkozy continue de prétendre le contraire ne fait que renforcer l’impression de mépris pour les universitaires qui, a priori, savent compter, et qui constatent quotidiennement les non-renouvellements de postes et les baisses de crédits aux laboratoires. Ce n’est pas en prenant les gens pour des imbéciles que l’on développe une culture de l’autonomie et de la responsabilité.

Au-delà de la faute politique, la stagnation des moyens témoigne d’une profonde erreur d’analyse. Les universités françaises sont gravement sous-dotées comparées à leurs concurrentes étrangères. Surtout, il ne peut exister d’autonomie réussie sans une maîtrise des moyens correspondants, avec des progressions régulières et prévisibles. La liberté dans la pauvreté et la pénurie, cela ne marche pas. La question immobilière l’illustre à merveille. Dans l’absolu, donner aux universités la pleine maîtrise de leur patrimoine immobilier est une bonne idée : le ministère est bien incapable de prendre les bonnes décisions à leur place, et cette hyper-centralisation ne conduit qu’à des lenteurs invraisemblables ou des projets pharaoniques ou mal conçus. Mais comme le gouvernement n’a pas donné un centime pour assurer la maintenance des bâtiments, aucune université n’a voulu devenir propriétaire… En l’occurrence, il aurait fallu leur donner, en même temps que la propriété de leurs bâtiments, des dotations permettant de couvrir les dépenses de maintenance et d’investissement pour les dix, quinze ans à venir. Cela aurait représenté des sommes considérables (des dizaines de milliards d’euros) à débourser immédiatement. Mais l’autonomie est à ce prix : aucune université ne peut être autonome si elle ne dispose pas d’une dotation en capital dont elle contrôle pleinement l’utilisation. Et comme, de toute évidence, il faudra des décennies avant que le mécénat privé joue pleinement son rôle, c’est à l’Etat d’amorcer la pompe en allouant des dotations initiales significatives à chaque université.

Avec le plan Campus, le gouvernement a fait tout le contraire: aucun euro n’a été versé aux quelques établissements chichement choisis, et le pouvoir ne déboursera rien avant la construction effective, ce qui lui permet de conserver un contrôle étroit des décisions immobilières et scientifiques, et accessoirement de repousser la charge financière sur les gouvernements suivants, et de faire ainsi oublier que «les caisses sont vides»… surtout pour les universitaires. Sans compter que la loi LRU - votée à la va-vite à l’été 2007, et qui en gros s’est contentée de réduire la taille des conseils d’administration de 60 à 30 membres - n’a en aucune façon posé les bases d’une gouvernance équilibrée des universités.

On le voit bien aujourd’hui: les enseignants chercheurs n’ont aucune confiance dans le pouvoir local des présidents d’université, en particulier pour les décisions de promotion ou de modulation de services. A tel point que beaucoup préfèrent s’en remettre à des agences et commissions nationales hyper-centralisées, dont chacun connaît pourtant les limites. Cette confiance dans la gouvernance locale, clé de voûte de l’autonomie, ne pourra se construire que progressivement, d’une part en donnant aux universités des moyens pour développer des projets et non de la pénurie à répartir (pas facile de construire de la confiance dans ces conditions), d’autre part, en réfléchissant soigneusement à la structure des contre-pouvoirs au sein des établissements.

Partout dans le monde, les présidents d’université sont avant tout des gestionnaires : ils ne sont pas obligatoirement des universitaires et, en tout état de cause, ils sont choisis et rendent des comptes à des conseils non exclusivement universitaires. En contrepartie, ils n’interviennent qu’exceptionellement dans les choix scientifiques, qui se font toujours sur propositions des spécialistes des différentes disciplines. A aucun moment ces équilibres délicats n’ont été pensés par le gouvernement.

Espérons au moins que cette cynique politique de gribouille ne finira pas par tuer l’idée même de liberté, de décentralisation et d’autonomie. Ce n’est pas parce que nous avons affaire à une droite TF1 que nous devons nous replier sur une gauche agence Tass. C’est la gauche qui a inventé les radios libres, c’est elle qui devra un jour inventer les universités réellement libres, autonomes et prospères.

Article initialement publié dans Libération du 17/02/2009.

dimanche 15 février 2009

Les universitaires, un nouvel ordre mendiant?

Ou comment on fait voeu de pauvreté pour le salut du Savoir...
Parce que je n'ai pas de légitimité pour développer ce point (je ne suis encore qu'étudiante), je laisse la parole à Pierre Jourde
(Écrivain et Professeur des Universités, Grenoble III)

Nicolas Sarkozy, dans son discours du 22 janvier, parle de recherche
«médiocre» en France. Elle est tellement médiocre que les publications
scientifiques françaises sont classées au 5e rang mondial, alors que
la France se situe au 18e rang pour le financement de la recherche.
Dans ces conditions, les chercheurs français sont des héros. Les voilà
évalués, merci. Accessoirement, condamnons le président de la
république à vingt ans de travaux forcés dans des campus pisseux, des
locaux répugnants et sous-équipés, des facs, comme la Sorbonne, sans
bureaux pour les professeurs, même pas équipées de toilettes dignes de
ce nom.
(...)

Pour mieux comprendre à quel point un universitaire n'est pas évalué,
prenons le cas exemplaire (quoique fictif) de Mme B. Elle représente
le parcours courant d'un professeur des universités aujourd'hui.
L'auteur de cet article sait de quoi il parle. Elle est née en 1960.
Elle habite Montpellier. Après plusieurs années d'études, mettons
d'histoire, elle passe l'agrégation. Travail énorme, pour un très
faible pourcentage d'admis. Elle s'y reprend à deux fois, elle est
enfin reçue, elle a 25 ans. Elle est nommée dans un collège «sensible»
du Havre. Comme elle est mariée à J, informaticien à Montpellier, elle
fait le chemin toutes les semaines. Elle prépare sa thèse. Gros
travail, elle s'y consacre la nuit et les week-ends. J. trouve enfin
un poste au Havre, ils déménagent.

A 32 ans, elle soutient sa thèse. Il lui faut la mention maximale pour
espérer entrer à l'université. Elle l'obtient. Elle doit ensuite se
faire qualifier par le Conseil National des Universités. Une fois
cette évaluation effectuée, elle présente son dossier dans les
universités où un poste est disponible dans sa spécialité. Soit il n'y
en a pas (les facs ne recrutent presque plus), soit il y a quarante
candidats par poste. Quatre années de suite, rien. Elle doit se faire
requalifier. Enfin, à 37 ans, sur son dossier et ses publications,
elle est élue maître de conférences à l'université de Clermont-
Ferrand, contre 34 candidats. C'est une évaluation, et terrible, 33
restent sur le carreau, avec leur agrégation et leur thèse sur les
bras. Elle est heureuse, même si elle gagne un peu moins qu'avant.
Environ 2000 Euros. Elle reprend le train toutes les semaines, ce qui
est peu pratique pour l'éducation de ses enfants, et engloutit une
partie de son salaire. Son mari trouve enfin un poste à Clermont, ils
peuvent s'y installer et acheter un appartement. Mme B développe ses
recherches sur l'histoire de la paysannerie française au XIXe siècle.
Elle publie, donne des conférences, tout en assumant diverses
responsabilités administratives qui l'occupent beaucoup.

Enfin, elle se décide, pour devenir professeur, à soutenir une
habilitation à diriger des recherches, c'est-à-dire une deuxième
thèse, plus une présentation générale de ses travaux de recherche.
Elle y consacre ses loisirs, pendant des années. Heureusement, elle
obtient six mois de congé pour recherches (sur évaluation, là encore).
A 44 ans (génétiquement has been, donc) elle soutient son
habilitation. Elle est à nouveau évaluée, et qualifiée, par le CNU.
Elle se remet à chercher des postes, de professeur cette fois. N'en
trouve pas. Est finalement élue (évaluation sur dossier), à 47 ans, à
l'université de Créteil. A ce stade de sa carrière, elle gagne 3500
euros par mois.

Accaparée par les cours d'agrégation, l'élaboration des plans
quadriennaux et la direction de thèses, et, il faut le dire, un peu
épuisée, elle publie moins d'articles. Elle écrit, tout doucement, un
gros ouvrage qu'il lui faudra des années pour achever. Mais ça n'est
pas de la recherche visible. Pour obtenir une promotion, elle devra se
soumettre à une nouvelle évaluation, qui risque d'être négative,
surtout si le président de son université, à qui la réforme donne tous
pouvoirs sur elle, veut favoriser d'autres chercheurs, pour des
raisons de politique interne. Sa carrière va stagner.

Dans la réforme Pécresse, elle n'est plus une bonne chercheuse, il
faut encore augmenter sa dose de cours, alors que son mari et ses
enfants la voient à peine. (Par comparaison, un professeur italien
donne deux fois moins d'heures de cours). Ou alors, il faudrait
qu'elle publie à tour de bras des articles vides. Dans les repas de
famille, son beau-frère, cadre commercial, qui gagne deux fois plus
qu'elle avec dix fois moins d'études, se moque de ses sept heures
d'enseignement hebdomadaires. Les profs, quels fainéants.

Voir aussi ce beau texte sur la réhabilitation (involontaire) de la Princesse de Clèves par notre président bling-bling.

mercredi 11 février 2009

La bureaucratie de la recherche.

Les fondations aiment bien répandre la manne sur des projets de grande envergure, plus faciles à "administrer" que des volées de projets artisanaux, comme elles aiment à favoriser les projets Scientifiques avec un grand S (ce qui revient à dire qu'à force de les banaliser on les a rendus "inoffensifs"), car elles ne veulent pas se signaler à l'attention de la politique. Les grandes fondations encouragent donc les recherches bureaucratiques à grand déploiement sur les problèmes de petit calibre, et recrutent à cette fin des intellectuels administrateurs. En second lieu on a les jeunes recrues, qui seraient plutôt des conseillers techniques que des sociologues (...) Ces jeunes gens sont moins insatisfaits que méthodiques; ils ont moins d'imagination que de patience; ils sont avant tout dogmatiques - dans toute l'acception historique et théologique du terme (...) L'enjeu est clair; si la sociologie n'est pas autonome, elle ne saurait être une entreprise à responsabilité collective. (...) Dans la mesure où le sociologue isolé laisse des bureaucraties s'immiscer dans son travail, il perd son autonomie de chercheur; dans la mesure où la sociologie s'identifie à un travail bureaucratique, elle perd son autonomie sociale et politique.


(C. Wright Mills, L'imagination sociologique, trad. P. Clinquart, La Découverte, pp 108-111)

mardi 3 février 2009

L'Université française

Il m'aura fallu du temps pour prendre position sur le mouvement qui agite (ou immobilise, c'est selon) les universités en France. J'étais de prime abord un peu sceptique face à une contestation qui, me semblait-il, visait surtout des responsables politiques (en premier lieu un chef de l'Etat peu soucieux de plaire au monde académique), et amalgamait des revendications corporatistes à des contestations plus générales contre le néolibéralisme.
J'étais d'autant moins encline à promouvoir le statu quo qu'après mon séjour de deux ans aux Etats-Unis je trouvais le système français sclérosé et peu défendable. Malheureusement les réformes actuelles, qui prétendent s'inspirer du modèle américain en parlant notamment d'évaluation, n'en retiennent pourtant aucune de ses forces, qui sont en premier lieu des financements conséquents, et une grande liberté dans la recherche. Bien au contraire, la réforme de Valérie Pécresse, qui a l'air si sage et aimable quand on l'entend présenter son projet, est un plâtrage hâtif qui ne cachera pas bien longtemps la misère et la précarité installées par les suppressions de postes.
Je remercie Liora Israël de m'avoir permis de mieux saisir les enjeux des réformes actuelles, en comprenant des logiques institutionnelles qui m'étaient jusque là assez sibyllines. En m'inspirant largement du cours "alternatif" qu'elle a présenté à l'EHESS dans le cadre du mouvement de contestation "Changeons de Programme", voici donc un historique des changements intervenus ces dernières années, et les perspectives futures pour l'université française.

Tout d'abord, rappelons-le, et cela rassurera ceux qui se sont toujours dit "je n'y comprends rien": le système français de la recherche et de l'enseignement supérieur est très complexe. Il est composé de 3 ensembles:
* l'université.
* les grandes écoles (ENS, Polytechnique..) et les "grands établissements" (EHESS, Langues O, Collège de France...)
* les organismes de recherche (CNRS, INSERM, INED etc)

Ce système était critiqué pour sa complexité, les très fortes disparités de dotation, et l'éparpillement qui gênait la visibilité des établissements au niveau international. Pour y remédier, des réformes ont été entreprises au niveau du financement de la recherche d'une part, et au niveau de la gestion des universités d'autre part.
Pour le premier volet, le CNRS est en cours de démantèlement; alors qu'il était le plus gros financeur (et employeur) des chercheurs en France, c'est désormais l'Agence Nationale de la Recherche (ANR), créée en 2006, qui a pour fonction d'allouer des financements aux projets de recherche. L'ANR dispose pour cela d'un budget considérable, mais n'attribue de financement qu'à des projets thématiques, et sur des périodes de 3 ans. Concrètement, par rapport au CNRS, cela permet d'embaucher des chercheurs en CDD sur des projets précis, au lieu d'avoir des chercheurs titulaires relativement libres dans leurs activités. En complément de l'agence de financement, une agence d'évaluation a été créée en 2007, l'AERES, pour noter le travail des équipes de recherche. Les critères de notation (en particulier, pour les sciences sociales, l'importance accordée aux différentes revues où les chercheurs publient) soulèvent parfois des inquiétudes.

Le second volet, celui qu'on appelle "autonomie des université", a été mis en place avec la loi LRU ("liberté et responsabilité des universités"), votée en août 2007. Si le projet était soutenu par les présidents d'université (qui voyaient leur pouvoir s'accroître considérablement) un simple coup d'oeil au calendrier témoigne de son impopularité auprès des étudiants aussi bien que des enseignants-chercheurs. Cette réforme permet une autonomie budgétaire de l'université, et autorise le président de l'université à procéder à des recrutements sur des contrats de CDD et CDI, au moyen de commissions ad hoc. Le conseil d'administration est restreint, avec une moindre représentation des enseignants-chercheurs et des étudiants. Cette réforme s'accompagne d'un plan de regroupement des universités, visant à leur donner davantage de visibilité et d'attractivité.

La contestation actuelle est née à l'occasion d'une autre mesure : il s'agit de la modification du statut des enseignants-chercheurs de 1984, non pas par loi mais par décret de la ministre Valérie Pécresse. Ce décret accroît le pouvoir du président de l’université sur la gestion des carrières et la modulation de service des enseignants chercheurs, dont le volume de travail pourra être davantage modulé entre enseignement et recherche. Plus de souplesse en apparence, mais du texte on ne sait pas si c'est de la souplesse "qualitative" (donnant plus de temps à la recherche, ou à l'enseignement), ou de la souplesse "quantitative": permettant de moduler les dépenses de l'université, en augmentant le volume d'enseignement des enseignants-chercheurs pour éviter d'avoir à leur payer des heures complémentaires...
C'est là que le bât blesse: la ministre promet des conditions plus avantageuses pour les enseignants-chercheurs, qui pourraient dégager du temps pour la recherche à des moments clés de leur parcours, et c'est bien ce qu'ils demandent depuis longtemps. La contestation actuelle vient du fait que, en attribuant tout pouvoir de modulation au seul président de l'université (au lieu du Conseil National des Université, organe national comme son nom l'indique), cette mesure renforce des localismes qui sclérosent déjà trop l'université. Et d'autre part, pour qui fréquente un peu l'université, cette annonce ne paraît pas très sérieuse dans la mesure où précisément les postes d'enseignants-chercheurs tendent à disparaître au profit de postes plus précaires, avec des tâches d'enseignement très lourdes et des rémunérations peu gratifiantes.

Pour davantage d'information sur le sujet, allez voir le documentaire de Thomas Lacoste:
ici, premier épisode:

Les autres épisodes sont en libre accès sur le site internet. Pour soutenir cette initiative vous pouvez acheter le DVD 12€ (frais de port inclus)par paiement en ligne, ou par chèque à l’ordre de L’Autre association, 3, rue des Petites Ecuries, F-75010 Paris. (je n'ai pas de commission, c'est simplement la mention que l'auteur, déjà bien généreux, demande qu'on ajoute à toute citation de son travail, afin qu'il puisse en vivre un peu...)