samedi 31 juillet 2010
Retour sur l'Iran
L'exposition retrace, à travers de tels témoignages, les moments de la révolte populaire, les manifestations de rue, la répression, les arrestations ; mais surtout elle met en scène l'originalité du mouvement et sa créativité, à travers une mobilisation inédite du religieux et du technologique, de performances spontanées dont les artistes du collectif Ruban Vert se font les passeurs.
Mobilisation du religieux car les partisans de Moussavi (l'un des fondateurs de la République Islamique) revendiquaient explicitement leur légitimité religieuse contre Ahmadinejad et le guide Khamenei (lequel avait pris la place de Guide Suprême contre le successeur désigné de l'imam Khomeyni) ; parfois (et en particulier pour la jeunesse urbaine) cette mobilisation pouvait n'être qu'instrumentale : par exemple porter un portrait de Khomeyni sur soi pendant les manifestations pour n'être pas battu par la police; ou tenir avec soi son chapelet vert, comme le raconte l'un des artistes du collectif Ruban Vert dans l'exposition d'objets-témoins: "Quand je me retrouve face aux flics avec leurs bâtons et leurs habits effrayants, je sors mon chapelet, je le bouge devant leurs yeux et je récite mes prières. Après, quand les gens se réunissent et au moment de lancer les slogans, je le mets autour de mon poignet, et ainsi il devient mon bracelet vert". Dans le contexte iranien, cette mobilisation du religieux a un sens profondément révolutionnaire, renvoyant aux journées de 1979, lorsque le peuple criait "Dieu est grand" sur les toits pour dénoncer la bassesse de leur dictateur, lorsque l'appel à la transcendance visait à démasquer les supercheries du pouvoir temporel. L'installation sonore recréant l'ambiance des nuits de Téhéran par des hauts parleurs placés dans une chambre noire est un impressionnant témoignage vivant, transmettant non pas un document mais une expérience.
Mobilisation de la technologie aussi, car les citoyens d'Iran à qui l'on avait retiré le droit de cité, en leur volant leur vote, retrouvaient une voix dans les espaces publics virtuels d'internet (voir l'article de Libé): jamais un mouvement populaire ne fut autant filmé par ses participants, qui apportaient chacun leur point de vue à travers l'objectif de leur téléphone portable, et l'envoyaient comme témoignage au monde sur les sites et réseaux sociaux virtuels, en utilisant proxys et fausses adresses ip pour déjouer les censeurs du régime. Twitter et Facebook devinrent des hauts lieux de la mobilisation et de l'information, contournant les interdits. Le collectif Ruban Vert reprend ces matériaux (vidéos, messages twitters...) comme matière artistique à installations et performances. Les documents sont déroutants, mettent le spectateur-témoin en situation de "temps réel" étourdissant; surtout, ces installations et performances illustrent l'éclatement des "mass média" par les nouvelles technologies qui brisent l'unicité de la voix, démultiplient les angles et perspectives.
samedi 18 juillet 2009
Apesanteurs
La chorégraphe, Kitsou Dubois, a été accueillie par le Centre National d'Etudes Spatiales, l'équivalent français de la NASA, qui est en charge non seulement de diriger les programmes d'exploration de l'univers, de lancements d'Arianes, mais aussi de tisser, avec tous ces fils, une "culture de l'espace" pour le grand public. La chorégraphe a pu mener ses recherches sur le mouvement sans gravité - et a participé à plusieurs vols "paraboliques" pour faire l'expérience corporelle de l'apesanteur. Une expérience proprement magique.
(une vidéo d'un autre spectacle peut être consultée sur le site de tv5)
lundi 20 octobre 2008
Rouault à la Pinacothèque

L'exposition Rouault de la Pinacothèque présente des oeuvres magnifiques de la collection Idemitsu - un riche collectionneur japonais fasciné par le peintre français.
L'argument du commissaire de l'exposition peut se résumer ainsi: faire découvrir un nouveau Rouault, Rouault le Japonais, loin des idées ressassées sur la religiosité du peintre. Donc pas d'accrochage chronologique, pas d'accrochage thématique. Le résultat ne ressemble pas à grand chose en terme de propos pédagogique ou même de cohérence intellectuelle. On ne comprend pas l'organisation des oeuvres. Des tableaux qui se répondent ont été séparés, différentes époques mélangées de sorte qu'on perd le fil... L'idée que Rouault plaisait au Japon parce que sa peinture, cernant les contours de traits noirs vigoureux, ressemblerait aux calligraphies d'extrême-orient, est sans cesse affirmée sans pour autant se donner les moyens de convaincre. Ainsi, curieusement, au lieu de mettre en regard des oeuvres de Rouault des calligraphies japonaises, on a préféré placer des petites reproductions d'estampes, choisies en fonction d'une familiarité thématique sans que les différences stylistiques soient problématisées.
Cet argument est présenté, malheureusement, au détriment d'autres commentaires sur les sources d'inspiration du peintre. Les références aux contemporains (Matisse excepté) en sont complétement escamotées: nulle part il ne sera question de Toulouse-Lautrec et Degas, des Nabis et des expressionnistes, avec qui Rouault était pourtant en dialogue constant - et avec qui il partageait une même révolte contre la société, sa violence, ses laideurs.
La beauté des oeuvres sauve l'exposition. On retiendra notamment ces beaux portraits stylisés, encadrés dans le cadre pour les placer encore davantage dans la représentation, et qui irradient de couleur entre les cernes noirs, icônes profanes. Les clowns plâtrés, à la limite de la sculpture tant la peinture y est travaillée en relief, et permet un jeu de la lumière sur la surface du tableau. Le traitement extrêmement humaniste des thèmes religieux, qui rappellent l'expérience douloureuse de la souffrance et de la guerre.
