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samedi 10 janvier 2009

Noga: Lettre d'Israël.

(ceci est la traduction de la lettre de Noga, une amie juive israélienne qui travaille pour une ONG de droits de l'homme à Tel Aviv)

Salut Yasmine,

Pardon d'avoir tardé à te répondre. oui, c'est très difficile ici [en Israel]. Bien sûr, la pire souffrance est à Gaza. Une collègue et amie à moi est là bas, elle vit dans le camp de réfugiés de Shati (plage). la semaine dernière une maison a été bombardée depuis la mer, à 70 mètres de la sienne. Des familles ont été tuées. Je lis des histoires terrifiantes sur la vie quotidienne à Gaza: rester terré impuissant, terrifié, attendre la mort.

Pour moi, en plus de la douleur que me causent les souffrances à Gaza il y a la douleur et le désespoir à entendre mes concitoyens israéliens. Il y a toujours ici de l'enthousiasme pour les guerres, mais je crois que le soutien qu'on voit à présent est inédit. Dans le passé, on prétendait au moins à la moralité. Les forces armées israéliennes s' "excusaient" de tuer des civils. Maintenant il n'y a plus aucune inhibition. On tue des centaines d'hommes, femmes et enfants innocents, en quelques jours, comme "légitime défense", et l'audience applaudit. Je suis au delà du désespoir et de la déception. Je n'ai plus d'attentes ou d'espoir sur cet endroit. Il y a des gens gentils et sympathiques, et j'en connais personnellement, qui peuvent soutenir les crimes les plus atroces. C'est l'humanité. La machine de propagande a marché à 100% et a réussi à éliminer les instincts moraux que les gens sont supposés avoir.

Tout cela est bien triste.
J'ai de la chance, cependant, que toute ma famille partage mes vues, mes collègues aussi bien évidemment, et mes amis, dans leur majorité. Il y a des manifestations tout le temps. Samedi dernier [le 3 janvier] plusieurs milliers de personnes ont défilé à Tel Aviv (photos jointes). Cela réchauffe le coeur de voir encore un peu de bon sens et de moralité ici...

La plupart des partis politiques ont soutenu l'attaque au début, même les partis prétendument "de gauche" (et je ne leur donnerai jamais mon vote, à aucun d'entre eux). Maintenant, comme on pouvait s'y attendre, on entend de plus en plus de voix en faveur d'une trêve. Si le nombre de soldats israéliens tués augmente, l'opinion publique va aussi changer progressivement. C'est ce qui s'est passé concernant l'opération au Liban d'il y a 2 ans. La souffrance des Libanais avait été complètement exclue du débat. Loin des regards. Ici, on reconnaît la souffrance des Gazaouis, mais notre besoin de "légitime défense", et/ou le fait qu' "ils" aient voté Hamas justifie, aux yeux de la plupart des Israéliens, n'importe quel crime contre eux.

Les gens ici n'ont aucune mémoire, et ils vont répéter et croire les mêmes slogans et les mêmes opérations minables qu'Israël a tentées et échouées plusieurs fois au Liban et dans les territoires occupés. un mélange de méchanceté et de stupidité...
au moins on peut supposer que tout cela sera fini avant le 20 janvier, parce qu'Obama a émis des protestations... Je l'espère ! mais le traumatisme pour les Gazaouis, et le dommage à une possible réconciliation subsisteront encore pour une ou deux générations.

J'imagine que cela ne te donne pas envie d'essayer de revenir visiter Israël prochainement...

Je te souhaite une très très bonne année ;

Noga

samedi 3 janvier 2009

Gaza

Je n'ai pas écrit de message depuis le début de l'offensive israélienne sur Gaza. C'est que j'y pense beaucoup, et j'ai beaucoup trop de choses à dire sur le sujet. Tout d'abord, sur le traitement médiatique prétendument "modéré" qui évoque des torts partagés entre Israël victime des roquettes et les Gazaouis victimes des bombardements. Il suffit de savoir compter pour voir l'absurdité de cette équation. Ensuite, sur l'identité des victimes: Israël affirme viser essentiellement des militants du Hamas et ne faire que des dégats collatéraux parmi les "vrais" civils.

Reste à voir qui sont les militants du Hamas: en l'occurrence, n'importe qui travaillant pour le semblant de structure institutionnelle à Gaza; c'est-à-dire policiers, pompiers, enseignants etc. Les cibles sont en effet des cibles civiles, qui touchent le Hamas dans ses activités civiles d'administration d'un territoire dont il avait la charge depuis sa victoire aux élections législative (légitimité légale) et depuis sa rupture avec le fatah de Mahmoud Abbas (qui n'a rien fait pour défendre les députés élus qui ont été jetés en prison en Israël sur des allégations floues de terrorisme ; l'un d'entre eux, président du Parlement, a ainsi été condamné à 36 mois de prison pour son appartenance au Hamas, forme de représaille suite à l' "enlèvement" du caporal Shalit).

Depuis des mois les organisations humanitaires et de défense des droits de l'homme tirent la sonnette d'alarme sur la situation à Gaza. Pénurie d'énergie, d'eau, de denrées alimentaires. Enfermement. Blocage de toute activité. Ces mesures n'étaient pas, pour Israël, un moyen de pression pour forcer le Hamas à la négociation, puisque c'est le Hamas lui-même qui a proposé une trêve et proposé de négocier - ce à quoi Israël a répondu qu'il ne négociait pas avec les "terroristes". Il a bien fallu pourtant que les Britanniques acceptent de discuter avec le Sinn Fein pour régler la question nord-irlandaise. L'accusation de terrorisme n'est pas signe d'une volonté d'apaisement politique, surtout lorsqu'elle vise un mouvement qui, devenu responsable de la gestion des affaires courantes, est en train d'accomplir sa propre mutation (bel article de Libé sur le sujet). Le choix de cibles telles que le siège de la police (visé le jour de la remise des diplômes à la nouvelle promotion de policiers), une caserne de pompiers près d'un camp de réfugiés, l'université islamique de Gaza (qui n'est pas un obscur repaire de Talibans mais une réelle institution académique), laisse planer des doutes sur les intentions réelles des stratèges israéliens. S'agit-il vraiment de faire cesser des tirs de roquette? D'affaiblir le Hamas? Ou de réoccuper Gaza?

En 2005, le choix de Sharon d'évacuer les colons de Gaza semblait politiquement courageux mais en réalité c'était une décision bien pragmatique. Gaza était une sorte de ghetto moche, avec quelques colonies cossues entourées de hordes de Palestiniens affamés; maintenir la sécurité des colons juifs coûtait cher. En plus, la surexploitation des nappes phréatiques avait causé la salinisation des ressources en eau, et il fallait importer à grand frais l'eau pour la consommation courante et l'agriculture. Finalement, il valait mieux laisser tomber Gaza et se concentrer sur la Cisjordanie, ce qui fut fait avec grands succès si l'on regarde un peu les cartes du territoire qui revient en vertu des traités à l'autorité palestinienne (CARTE: on remarque que les parties en orange, colonisées, couvrent la totalité des rives du Jourdain). Plus que l'argent, l'eau est le nerf de la guerre dans ces régions arides...

Toutefois, à la réflexion, les dirigeants israéliens, actuellement en campagne, se sont peut-être dit que les rivages de Gaza étaient intéressants, d'autant plus qu'on y a découvert de très importants gisements de gaz. De là à envisager de réoccuper la poudrière gazaouie, le chemin est long et douteux...

Quel est alors le plan israélien? Comme en 2006 avec l'offensive (désastreuse) au Liban, cela ne paraît pas clair. Comme en 2006, les démonstrations de force de l'armée israélienne et leur lot d'innocentes victimes civiles ne vont que renforcer la popularité de mouvements radicaux. Après la "victoire héroïque" du Hezbollah, les drapeaux jaunes flottaient partout au Liban. En Syrie, le Hezbollah était devenu tellement populaire que les discours de Nasrallah (le leader au turban noir) et les chants de lutte étaient en tête du top 50 des vendeurs de K7 à la sauvette. Anecdote locale: des représentants du Hezbollah avaient été invités par des Chrétiens de Marmarita, comme hôtes de marque, lors des cérémonies de l'Assomption du 15 août 2007. Manière de dire que les questions politiques dépassent les questions religieuses. Huntington est mort, recommençons à regarder les faits tels qu'ils se présentent...

lundi 15 décembre 2008

Sécurité et démocratie

Moi qui ai tant voyagé, sans souci, passant avec facilité les files « passeport européen », et attendant tranquillement l’heure de l’embarquement avec un bouquin, voilà que je vais détester les aéroports.

Jeudi 12 décembre, 10h à Rome. J’ai peu dormi, peu mangé, depuis que je suis partie de Paris vingt six heures auparavant. Beaucoup attendu.

D’Israël je n’aurai vu que l’aéroport Ben Gourion, les agents de la sécurité (surtout des femmes, souvent jeunes), et le petit centre de rétention où j’ai passé la nuit.
J’arrive devant la jeune femme qui contrôle les passeports. Elle regarde mon nom. Hésite. Me demande le prénom de mon père, fait une moue dubitative. Le prénom de mon grand-père, me fait répéter plusieurs fois. Le nom de ma mère. Un nom français, ça ne l’intéresse pas. C’est quoi le nom de votre père déjà ? Vous avez de la famille ici ? Non, mon père est d’origine tunisienne. Se tourne vers son collègue, montre le passeport. Décide de m’emmener dans une salle d’attente pour « contrôle de sécurité ».

Plusieurs Arabes dans la salle d’attente : ils arrivent des Etats-Unis et viennent rendre visite à leur famille en Palestine. J’ai un premier entretien, avec une femme très gentille, qui visiblement ne croit pas que je viens en touriste. Je reviens dans la salle d’attente. Deuxième entretien, après une heure d’attente. On reprend depuis le début : mon nom, celui de mon père et de mon grand-père, mon itinéraire et le but de la visite, qui je connais en Israël. Je donne le nom de mon ami israélienne, son numéro de téléphone. Le nom de l’ami allemand qui va me rejoindre aussi. Vous voyagez seule ? Oui. Vraiment, vous n’avez pas peur ? Non, je devrais ?

Troisième entretien, avec deux jeunes filles. L’une est très méfiante. Elle me dit qu’ils ont beaucoup de problèmes en Israël avec les Français qui viennent pour jeter des pierres aux soldats. Je réponds que je ne jette pas des pierres sur les gens en France et je n’ai pas l’intention de venir en Israël pour jeter des pierres sur les gens. Elle me demande ma religion. Pas convaincue non plus par le multiconfessionalisme séculier de ma famille. Décidément je ne rentre pas facilement dans ses cases.
- Pourquoi vous venez en Israël, pourquoi maintenant et pourquoi toute seule ? Vous n’avez pas d’ami ? vous savez que vous êtes au milieu du conflit du Moyen Orient ? D’ailleurs qu’est-ce que vous pensez de ce conflit ?
- Oh vous savez, je suis très ouverte, je viens ici pour découvrir et pour comprendre.
- Mmm . Vous faites partie d’associations, d’organisations humanitaires ou de défense des droits de l’homme ?
Je dis non. Ce n’est pas exact, je suis membre d’Amnesty, mais je ne suis pas venue à ce titre, et en aucun cas je ne représente l’organisation.
Est-ce que j’ai de la famille ou des amis en Israël. De la famille, non. Une amie oui, rencontrée à Seattle. Noga. Je donne son nom, son numéro de téléphone. Encore.

On me renvoie dans la salle d'attente où la télé braille. J'attends près de trois heures. La jeune fille revient, énervée, dit que ça va mal se passer pour moi. Nouvel entretien avec une autre femme, des services d'immigration. Elle me dit qu'ils ont trouvé des choses sur moi sur internet. Quoi ? Un « ami » musulman en prison aux Etats-Unis. Je pense à mes prisonniers du Supermax, avant de réaliser que l’officier de l’immigration fait allusion à une pétition que j’avais signée l’an dernier concernant un Palestinien-Américain emprisonné sans procès. Je lui explique que cela ne signifie pas que je soutiens ses opinions politiques. Elle me dit qu’il y a d’autres choses mais ne me dit pas quoi. Le deal serait alors que je trouve quelqu’un en Israël pour poser sur moi une caution de 8 000 euros, alors j’aurai un visa de deux semaines avec interdiction d’aller en Cisjordanie. Sinon, prochain vol pour Paris, le lendemain matin.
L’amie d’Amel, Noga, une Israélienne qui habite Tel Aviv et que j’avais rencontrée à Seattle, parle avec les agents, dit qu’elle ne peut pas se procurer cette somme dans la nuit, alors que les banques sont fermées. Elle fait même intervenir un avocat. Rien n’y fait. De toutes façons je ne sais plus si j’ai envie d’entrer aux conditions qu’ils posent. Je suis fatiguée. Il est 21h à Tel Aviv, j’ai atterri à 15h. Le temps passe, lentement.
On fouille mes bagages en détail, mes vêtements même. Les femmes ne sont pas méchantes, certaines ont presque l’air embarrassé. Personne ne me dit ce qui a motivé le refus. Pas d'explication.

Courte nuit dans une cellule somme toute confortable pour une prison (six lits superposés, douche et toilettes dans une pièce séparée, et sandwichs à disposition sur la table). Moi qui voulais aller en Terre Sainte me changer les idées, voilà qu’au contraire je fais l’expérience directe de mon sujet de recherche : une étrangère, suspecte, mise en prison et renvoyée illico presto d’où elle est venue.

Les heures s’écoulent, je passe mentalement en revue tout ce qu’ils ont pu trouver sur internet, notamment mes travaux sur les Palestiniens en Syrie, mais ils ne m’ont pas posé de question là dessus, pas de question sur la Syrie. Pas de question sur les pays que j’ai visités. Pas de question sur mon passeport neuf. Finalement j’ai l’impression qu’ils me reprochent de ne pas leur avoir donné de réponse à des questions qu’ils n’ont pas posées. Ils insistaient seulement pour savoir si j’avais de la famille en Israël. Je n’étais pas crédible comme touriste : seule, avec un programme flou, sans réservation d’hôtel. Avec un nom arabe surtout.

Je pense à Jérusalem. J’ai l’impression un peu irréelle d’être dans un mauvais rêve. Je ne me suis pas battue. Je n’ai pas insisté pour savoir ce qu’ils me reprochaient. J’étais lasse des heures d’attente. Ils ont gagné de ma résistance: user du pouvoir discrétionnaire c'est retirer à l'individu toute prise sur le réel; comme la décision de refus n'était pas motivée, je ne pouvais pas même répondre à leurs suspicions. J'ai des raisons de croire, de toutes façons, que la décision était bien plus idéologique que sécuritaire (je ne suis ni impliquée dans des groupes terroristes, ni même lanceuse de pierres!).

Les policiers m’emmènent dans l’avion. C’est à Rome que j’éclate en sanglots, quand je me retrouve au poste d’un carabinieri bien gentil qui ne comprend pas ce qui s’est passé et ne sait pas quoi faire de moi. Finalement il décide qu’il n’est pas nécessaire de m’accompagner jusqu’à l’avion pour Paris, et me libère dans la zone de transit.

Politiques préventives. Je n’ai rien fait mais je suis suspecte, comment alors prouver que je ne suis pas dangereuse ? Mon passeport porte désormais la marque « Israël – visa denied ».

Je reçois des messages d'amis, d'amis d'amis, d'amis d'amis d'amis. On me raconte des aventures similaires. Des Israéliens qui déplorent qu'au lieu de les protéger leur police assassine chaque jour un peu plus leur pays. Un intellectuel juif israélien qui appelle au boycott universitaire. Un journaliste chrétien palestinien qui me dit de ne pas abandonner, car alors "la violence, le racisme et la discrimination" vaincraient. Une prof d'histoire de l'université de Bir Zeit qui a peur d'être elle-même refoulée chaque fois qu'elle revient d'une conférence à l'étranger. Et ma copine Amal, qui étudie la littérature aux Etats-Unis parce qu'elle ne supportait plus la condescendance de l'université de Tel Aviv, me rappelle que son nom arabe lui donne toujours droit à des heures d'interrogatoire à chaque passage par l'aéroport de Tel Aviv; elle fait partie de ceux qu'on appelle les "Arabes Israéliens", qui se désignent comme "Palestiniens de 1948", et dont l'avenir est toujours incertain (voir les récentes déclarations de la ministre des affaires étrangères).

mercredi 22 octobre 2008

Un messager de la paix un peu désabusé (version rédigée)

En visite à Paris, le négociateur palestinien Ahmed Qoreï fait un bilan désabusé de la situation du processus de paix au Proche-Orient. Un an après Annapolis, les négociations peinent à avancer, d’une part à cause des dissensions politiques internes aux deux camps, et d’autre part à cause du non respect de la feuille de route.Qorei a souligné que les engagements pris à Annapolis n’ont pas été suivis d’effets côté israélien, notamment concernant l’arrêt de la colonisation, tandis que, affirme-t-il, l’autorité palestinienne a fait de nombreux progrès dans le domaine de la sécurité. Le négociateur palestinien regrette que le général William Fraser, nommé par les Etats-Unis pour observer l’application de la feuille de route, n’ait pas rendu son rapport.Qoreï a admis que les questions de politique interne tant du côté israélien que palestinien avaient entravé les discussions. En Israël, on se préoccupe moins des négociations que de la formation d’un nouveau gouvernement après les scandales qui ont poussé au départ le premier ministre Ehud Olmert. Côté Palestinien, les dissensions entre Fatah et Hamas ont conduit à une véritable division ; une réunion est convoquée le 8 novembre au Caire, à l’initiative de l’Egypte, en vue de la constitution d’un gouvernement d’union nationale composé de technocrates.C’est dans ce contexte trouble que le négociateur palestinien a rencontré, hier, le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner. Ahmed Qorei espère que dans le cadre de la présidence française de l’Union Européenne, l’initiative arabe pour un plan de paix global pourra trouver des soutiens politiques forts.L’initiative arabe, proposée en 2002 par l’Arabie Saoudite et adoptée au sommet de la Ligue Arabe en 2007, a été réaffirmée lors du Forum de Doha en 2008, propose un règlement global du conflit israélo-palestinien et du conflit israélo-arabe, sur le principe de « la terre contre la paix » : les Etats arabes (rejoints par des Etats musulmans membres de l’Organisation de la Conférence Islamique) s’engagent à reconnaître Israël en échange de la création d’un Etat palestinien souverain. Israël n’a pas encore répondu à cette initiative, qui achoppe en particulier sur la question de Jérusalem et des réfugiés. Qoreï se réjouit cependant de l’intérêt récent pour cette initiative manifesté par Shimon Pérès, qui rencontre aujourd'hui le chef de l'Etat Egyptien à Charm el-Cheikh, et par Ehud Barak. La position de Tzipi Livni, qui va prendre la tête du gouvernement israélien, demeure incertaine à ce jour.
Si Qoreï compte sur un déblocage de la situation au niveau diplomatique, l’évolution de la situation sur le terrain n’engage pas à l’optimisme. Avec le développement des colonies en Cisjordanie, les arrestations et incarcérations (dont l’affaire du franco-palestinien Salah Hamouri n’est qu’un des nombreux exemples), les blocus routiers et les check-points qui entravent la circulation, la constitution d’un Etat palestinien indépendant et souverain apparaît de plus en plus problématique. Le négociateur admet que les Palestiniens vont peut être devoir se rabattre sur la solution d’un seul Etat pour deux peuples – une solution de plus en plus populaire parmi les groupes de soutien à la cause palestinienne, qui espèrent ainsi résoudre la question des discontinuités territoriales.

vendredi 3 octobre 2008

Poésie et politique

Le dernier message de mon blog "Yasmine in Seattle" rendait hommage à Mahmoud Darwish, et donnait à lire un de ses plus beaux poèmes d'amour, Jasmin sur les nuit de juillet. Darwish était connu des média pour la dimension politique de son oeuvre, lui qui a été militant de l'OLP dès la première heure et a porté les armes à Beyrouth. Mais ce n'est pas cet engagement politique qui a fait de lui un grand poète. Comme pour René Char, c'est la profondeur de la poésie pure qui fait résonner ses mots par delà les époques et les frontières. L'intensité de l'homme terré enterré mort qui se demande s'il vit encore dans les décombres de la ville assiégée ( "Une mémoire pour l'oubli"). La densité de la nostalgie qui surgit à la seule évocation de l'odeur du café de sa mère, et de l'olivier. L'étonnement du philosophe qui rend dérisoires les frontières.

J'ai vu le film 'Le sel de la mer' d'Annemarie Jacir. C'est un peu le contraire de Darwich. Un film politique intéressant mais qui manque de profondeur et d'intensité poétique. Dans ce film qui met en scène la relation d'une Américaine d'origine palestinienne qui rêve de retour, et un Palestinien bloqué par l'occupation qui rêve d'émigrer, on voit à peu près tout les acteurs du conflit: les Israéliens, les Palestiniens occupés, les douaniers humiliants, l'armée arbitraire, le banquier cupide de Cisjordanie, le village détruit, le check-point, le colon, l'Israélienne militante de la paix... C'est un exposé assez pédagogique qui en même temps explore la question intéressante du rapport à la Terre de ces enfants de réfugiés qui ont grandi ailleurs.

Suheir Hammad, l'actrice principale, a grandi à Brooklyn. C'est une poétesse, qui excelle dans le 'spoken word', cette poésie parlée qui s'énonce et s'élance et rebondit et écrit les mots dans la voix et dans le corps. J'ai eu la chance de la rencontrer à Olympia (Washington) lors d'un déjeuner organisé par des militants contre l'occupation - la principale organisatrice était la mère de Rachel Corrie, une jeune militante des droits humains qui avait été tuée par un bulldozer israélien alors qu'elle protestait contre les destructions de maisons en Cisjordanie, en mars 2003. Il y avait aussi Dahr Jamail ce jour là, un courageux journaliste qui a couvert la guerre en Irak 'unembedded', c'est-à-dire non embrigadé dans une unité de combat. La discussion avait porté essentiellement sur la guerre en Iraq. Suheir apportait la fraîcheur et la force de sa poésie.
C'est ce qui m'a manqué dans le film. Elle est là, trop naturelle, tellement exactement comme les jeunes Palestiniennes Américaines que j'ai rencontrées, qui maîtrisent parfaitement le langage du droit et exige que réparation soit faite à leurs ancêtres, et, venant d'Amérique, ne sont pas prêtes à tolérer les humiliations de l'occupation. Trop naturelle parce qu'elle a abandonné (sauf dans cette scène, forte, de confrontation avec la militante pour la paix qui occupe la maison de son grand père à Jaffa), le rythme hip hop qui fait vibrer sa colère dans sa 'Def Poetry'. Trop naturelle parce qu'alors on n'entre pas dans sa tête, son sourire et ses cheveux fous ne nous laissent pas voir ses dilemmes, les silences, la poésie qui transcende les contingences. Bref, dans ce film elle est idéaliste mais on manque d'absolu...

Revenons alors à la poésie.