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dimanche 10 février 2013

Taubira : la poésie et l'intelligence pour tous

(le poème de Léon Gontran-Damas in extenso)

Nous les gueux…


nous les peu
nous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres
Nous à qui n’appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens
Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres
Qu’attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l’envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres

Black-label, Paris, Gallimard, 1956.

mardi 18 décembre 2012

Les bêtes du sud sauvage

Le Bassin est une contrée à la marge, loin de la ville et de ses usines, à la lisière de la mer qui risque de nous engloutir tous. Hushpuppy y vit avec son père alcoolique et le vieux t-shirt qui lui rappelle sa maman. Ils ne sont qu'une poignée de résistants à refuser de quitter le bayou, malgré la tempête, malgré la montée des eaux, malgré la venue des bêtes sauvages terrifiantes. C'est une famille un peu déglinguée, faite de bric et de broc, brinquebalante comme dans les cabanes dans lesquelles ils vivent, mais, comme ces cabanes qui se transforment en radeau et flottent, ils se tiennent la tête hors de l'eau. Lorsque quelqu'un meurt, on boit et on chante pour ne pas pleurer. Il ne faut pas pleurer, ne pas être faible, cela attire les bêtes sauvages qui vont nous dévorer.

Ancré dans la Louisiane, ses paysages et ses musiques, les Bêtes du Sud Sauvage est une parabole sur la catastrophe (Katrina), la violence de la société américaine, la vulnérabilité des marginaux. Mais c'est surtout un conte poétique et puissant, porté par le regard d'un enfant, petite fille-petit mec à la chevelure folle et au regard intense, qui écoute battre le coeur des animaux. Placée de force dans un refuge aseptisé, déguisée en petite fille, elle n'est plus elle-même : son monde, c'est celui de l'autre côté de la digue, du côté de la nature et des éléments, même destructeurs, morbides et terrifiants. Hushpuppy, c'est celle qui fait des bras de fer contre un père qu'elle voit mourir, casse les crabes à mains nue, et affronte les aurochs.

Faut-il en rajouter ? c'est un film formidable, il faut aller le voir.


samedi 29 janvier 2011

Tiers Paysage


projection le 9 février 20h30 à l'ENS, 45 rue d'Ulm

mardi 20 juillet 2010

Jeu concours de l'été


Question à 10 carambars: où se trouve cet endroit champêtre (mes compagnons de promenade sont hors compétition)

vendredi 3 octobre 2008

Poésie et politique

Le dernier message de mon blog "Yasmine in Seattle" rendait hommage à Mahmoud Darwish, et donnait à lire un de ses plus beaux poèmes d'amour, Jasmin sur les nuit de juillet. Darwish était connu des média pour la dimension politique de son oeuvre, lui qui a été militant de l'OLP dès la première heure et a porté les armes à Beyrouth. Mais ce n'est pas cet engagement politique qui a fait de lui un grand poète. Comme pour René Char, c'est la profondeur de la poésie pure qui fait résonner ses mots par delà les époques et les frontières. L'intensité de l'homme terré enterré mort qui se demande s'il vit encore dans les décombres de la ville assiégée ( "Une mémoire pour l'oubli"). La densité de la nostalgie qui surgit à la seule évocation de l'odeur du café de sa mère, et de l'olivier. L'étonnement du philosophe qui rend dérisoires les frontières.

J'ai vu le film 'Le sel de la mer' d'Annemarie Jacir. C'est un peu le contraire de Darwich. Un film politique intéressant mais qui manque de profondeur et d'intensité poétique. Dans ce film qui met en scène la relation d'une Américaine d'origine palestinienne qui rêve de retour, et un Palestinien bloqué par l'occupation qui rêve d'émigrer, on voit à peu près tout les acteurs du conflit: les Israéliens, les Palestiniens occupés, les douaniers humiliants, l'armée arbitraire, le banquier cupide de Cisjordanie, le village détruit, le check-point, le colon, l'Israélienne militante de la paix... C'est un exposé assez pédagogique qui en même temps explore la question intéressante du rapport à la Terre de ces enfants de réfugiés qui ont grandi ailleurs.

Suheir Hammad, l'actrice principale, a grandi à Brooklyn. C'est une poétesse, qui excelle dans le 'spoken word', cette poésie parlée qui s'énonce et s'élance et rebondit et écrit les mots dans la voix et dans le corps. J'ai eu la chance de la rencontrer à Olympia (Washington) lors d'un déjeuner organisé par des militants contre l'occupation - la principale organisatrice était la mère de Rachel Corrie, une jeune militante des droits humains qui avait été tuée par un bulldozer israélien alors qu'elle protestait contre les destructions de maisons en Cisjordanie, en mars 2003. Il y avait aussi Dahr Jamail ce jour là, un courageux journaliste qui a couvert la guerre en Irak 'unembedded', c'est-à-dire non embrigadé dans une unité de combat. La discussion avait porté essentiellement sur la guerre en Iraq. Suheir apportait la fraîcheur et la force de sa poésie.
C'est ce qui m'a manqué dans le film. Elle est là, trop naturelle, tellement exactement comme les jeunes Palestiniennes Américaines que j'ai rencontrées, qui maîtrisent parfaitement le langage du droit et exige que réparation soit faite à leurs ancêtres, et, venant d'Amérique, ne sont pas prêtes à tolérer les humiliations de l'occupation. Trop naturelle parce qu'elle a abandonné (sauf dans cette scène, forte, de confrontation avec la militante pour la paix qui occupe la maison de son grand père à Jaffa), le rythme hip hop qui fait vibrer sa colère dans sa 'Def Poetry'. Trop naturelle parce qu'alors on n'entre pas dans sa tête, son sourire et ses cheveux fous ne nous laissent pas voir ses dilemmes, les silences, la poésie qui transcende les contingences. Bref, dans ce film elle est idéaliste mais on manque d'absolu...

Revenons alors à la poésie.