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mercredi 14 janvier 2009

Les refuzniks (Noga n'est pas seule)

Alors que l’offensive sur Gaza continue, des voix discordantes se font entendre dans la société israélienne. Une vidéo circule sur internet montrant un autre visage de la guerre : celui des jeunes réservistes qui la rejettent.


On les appelle « refuzniks », ou sarvanim en hébreu. Ce sont ceux qui ont refusé de servir : de servir l’occupation, de participer aux combats. Dans un pays où l’armée occupe une place si importante, la position de ces objecteurs de conscience est difficile à tenir. Tous les citoyens juifs israéliens doivent accomplir un service militaire obligatoire d’une durée de 3 ans pour les hommes et 22 mois pour les femmes, auxquels s’ajoute en théorie un mois de réserve par an, jusqu’à 40 ans (1). L’armée est le véritable rite d’entrée dans la société israélienne, à bien des égards. Elle est vue aussi comme une indispensable condition de survie de l’Etat hébreu.
Il faut du courage pour refuser, plus que pour se battre, affirme Noam Livne, car lorsqu’on refuse on est seul contre tous. Ce jeune israélien est bien conscient des risques qu’il prend en ignorant l’ordre de mobilisation : il a déjà été emprisonné en 2001 suite à son refus de servir dans les territoires occupés ; cette fois, dit-il, « j’ai préparé un sac à la maison avec des bouquins et tout ce dont j’aurai besoin en prison ».
Noam est membre de "Le Courage de refuser", un mouvement fort de plus de 600 signataires, soldats et officiers de réserve, qui dénoncent le rôle de l’armée dans l’occupation des territoires palestiniens, et considèrent que la stratégie répressive ne sert pas la sécurité d’Israël. Le mouvement "Yesh Gvul" (Il y a des limites), constitué pendant la guerre du Liban de 1982, a compté jusqu'à 3000 membres. Le site "Refusenik watch" (www.oznik.com) estime qu'il y a à ce jour 1686 refuseniks. Les plus jeunes se sont rendus célèbres à travers le "mouvement du 18 décembre", qui rassemble des lycéens - des "shministim", comme ils se désignent: ils ont 18 ou 19 ans, et ils ont préféré la prison à la conscription.

C'est à ce choix éthique qu'appellent les manifestations pacifistes qui ont lieu en Israël depuis le début des opérations militaires sur la bande de Gaza. Les refuzniks critiquent l'aveuglement moral dont seraient victimes leurs camarades dans l’armée : « Les gens me disent, la pitié et la compassion, ce sont des mots de civils, on les laisse à la maison avant de partir au front, et c’est comme ça qu’ils en viennent à bombarder des écoles, ou l’université islamique de Gaza ! », déplore Jonathan Shapira, réserviste de l’armée de l’air. Selon ces anciens combattants qui ont déposé les armes, aucune guerre ne produira de paix durable : « On ne peut pas édifier la sécurité de Sdérot sur la souffrance de Gaza ».

PS. Infos complémentaires dans la rubrique "commentaires".

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(1) En réalité le fonctionnement de la conscription est complexe: il inclut les Druzes mais n'inclut ni les Arabes chrétiens ni les Arabes musulmans (sauf exceptions sur la base du volontariat); les femmes sont en général dispensées des obligations de réserve; les ultraorthodoxes ("haredim")peuvent effectuer des formes de service civil au lieu de porter les armes. Pour plus d'information sur la conscription mais aussi sur les forces militaires israéliennes, on se reportera à l'ouvrage de Pierre Razoux Tsahal, ed. Perrin 2006.

lundi 29 décembre 2008

Joyeux Noel



Joyeux Noël à tous. Voici une petite suggestion générosité: Kiva, un réseau de micro-crédit, débordé par son succès; j'en avais déjà parlé l'an dernier, je reviens à la charge: il s'agit de prêter une somme modique (en général, 25 dollars) que l'on affecte à un projet de microcrédit où on veut dans le monde. Les projets sont détaillés, on voit à qui on prête et ce que veut faire l'entrepreneur (taxi, briquetterie, épicerie etc). Sont indiqués aussi les partenaires locaux qui s'assurent que les fonds sont bien affectés au projet, et le niveau de risque du prêt (certaines activités sont plus risquées que d'autres). On peut voir aussi sur la somme demandée quel montant a été financé au total par la communauté des prêteurs kiva. Une fois que le prêt a été financé, l'entreprise démarre. Puis l'entrepreneur commence à rembourser par petits bouts. Quand la totalité du prêt (sans intérêt) a été couverte, on peut ensuite réaffecter la somme à un autre projet... et ainsi de suite... Voici mon petit portfolio, à titre d'exemple.
Joyeux noël solidaire !

mercredi 22 octobre 2008

Un messager de la paix un peu désabusé (version rédigée)

En visite à Paris, le négociateur palestinien Ahmed Qoreï fait un bilan désabusé de la situation du processus de paix au Proche-Orient. Un an après Annapolis, les négociations peinent à avancer, d’une part à cause des dissensions politiques internes aux deux camps, et d’autre part à cause du non respect de la feuille de route.Qorei a souligné que les engagements pris à Annapolis n’ont pas été suivis d’effets côté israélien, notamment concernant l’arrêt de la colonisation, tandis que, affirme-t-il, l’autorité palestinienne a fait de nombreux progrès dans le domaine de la sécurité. Le négociateur palestinien regrette que le général William Fraser, nommé par les Etats-Unis pour observer l’application de la feuille de route, n’ait pas rendu son rapport.Qoreï a admis que les questions de politique interne tant du côté israélien que palestinien avaient entravé les discussions. En Israël, on se préoccupe moins des négociations que de la formation d’un nouveau gouvernement après les scandales qui ont poussé au départ le premier ministre Ehud Olmert. Côté Palestinien, les dissensions entre Fatah et Hamas ont conduit à une véritable division ; une réunion est convoquée le 8 novembre au Caire, à l’initiative de l’Egypte, en vue de la constitution d’un gouvernement d’union nationale composé de technocrates.C’est dans ce contexte trouble que le négociateur palestinien a rencontré, hier, le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner. Ahmed Qorei espère que dans le cadre de la présidence française de l’Union Européenne, l’initiative arabe pour un plan de paix global pourra trouver des soutiens politiques forts.L’initiative arabe, proposée en 2002 par l’Arabie Saoudite et adoptée au sommet de la Ligue Arabe en 2007, a été réaffirmée lors du Forum de Doha en 2008, propose un règlement global du conflit israélo-palestinien et du conflit israélo-arabe, sur le principe de « la terre contre la paix » : les Etats arabes (rejoints par des Etats musulmans membres de l’Organisation de la Conférence Islamique) s’engagent à reconnaître Israël en échange de la création d’un Etat palestinien souverain. Israël n’a pas encore répondu à cette initiative, qui achoppe en particulier sur la question de Jérusalem et des réfugiés. Qoreï se réjouit cependant de l’intérêt récent pour cette initiative manifesté par Shimon Pérès, qui rencontre aujourd'hui le chef de l'Etat Egyptien à Charm el-Cheikh, et par Ehud Barak. La position de Tzipi Livni, qui va prendre la tête du gouvernement israélien, demeure incertaine à ce jour.
Si Qoreï compte sur un déblocage de la situation au niveau diplomatique, l’évolution de la situation sur le terrain n’engage pas à l’optimisme. Avec le développement des colonies en Cisjordanie, les arrestations et incarcérations (dont l’affaire du franco-palestinien Salah Hamouri n’est qu’un des nombreux exemples), les blocus routiers et les check-points qui entravent la circulation, la constitution d’un Etat palestinien indépendant et souverain apparaît de plus en plus problématique. Le négociateur admet que les Palestiniens vont peut être devoir se rabattre sur la solution d’un seul Etat pour deux peuples – une solution de plus en plus populaire parmi les groupes de soutien à la cause palestinienne, qui espèrent ainsi résoudre la question des discontinuités territoriales.