mercredi 29 octobre 2008
A côté
C'est l'histoire de femmes qui ont un homme qu'elles aiment (un fils, un mari) à côté, dans la maison d'arrêt de Rennes. Elles font des centaines de kilomètres, parfois plusieurs fois par semaines, avec gamins et petit salaire, pour aller remonter le moral à leur homme, lui dire leur amour, leur soutien. Lui apporter du linge propre, parfumé, avec des mots doux plein le sac. Lui apporter le colis de Noël en prenant soin d'abord de dépiauter les bonbons de leur emballage car la prison ne laisse pas rentrer l'aluminium.
C'est la vie de ces femmes qui subissent à plein temps la détention de leur mari. Le poids financier d'un revenu en moins et de dépenses en plus (il faut bien qu'il "cantine *" pour manger à sa faim). Le poids émotionnel de l'absence. Mais aussi les brimades et vexations infligées par l'administration pénitentiaire, aux règles arbitraires et souvent imprévisibles, qui ne dit rien - lorsque l'aimé est à l'hôpital, ou bien va être transféré dans une autre prison.
La peur du suicide - des actes extrêmes et autodestructeurs. "quand j'ai accouché il a demandé une permission, on lui a refusé; il s'est tailladé les veines, il pensait qu'à l'hôpital il pourrait me voir, ils ne l'ont même pas emmené à l'hôpital, ils l'ont recousu sur place".
La peur de craquer soi-même, de ne plus tenir le coup, d'être usée par la peine, par la frustration aussi des incompréhensions dedans/dehors, peur du fossé grandissant...
Et l'amour, mystérieux dans sa force, sa résolution, sa détermination.
* cantiner: acheter des produits au magasin de la prison.
mercredi 22 octobre 2008
Un messager de la paix un peu désabusé (version rédigée)
Si Qoreï compte sur un déblocage de la situation au niveau diplomatique, l’évolution de la situation sur le terrain n’engage pas à l’optimisme. Avec le développement des colonies en Cisjordanie, les arrestations et incarcérations (dont l’affaire du franco-palestinien Salah Hamouri n’est qu’un des nombreux exemples), les blocus routiers et les check-points qui entravent la circulation, la constitution d’un Etat palestinien indépendant et souverain apparaît de plus en plus problématique. Le négociateur admet que les Palestiniens vont peut être devoir se rabattre sur la solution d’un seul Etat pour deux peuples – une solution de plus en plus populaire parmi les groupes de soutien à la cause palestinienne, qui espèrent ainsi résoudre la question des discontinuités territoriales.
lundi 20 octobre 2008
Rouault à la Pinacothèque

L'exposition Rouault de la Pinacothèque présente des oeuvres magnifiques de la collection Idemitsu - un riche collectionneur japonais fasciné par le peintre français.
L'argument du commissaire de l'exposition peut se résumer ainsi: faire découvrir un nouveau Rouault, Rouault le Japonais, loin des idées ressassées sur la religiosité du peintre. Donc pas d'accrochage chronologique, pas d'accrochage thématique. Le résultat ne ressemble pas à grand chose en terme de propos pédagogique ou même de cohérence intellectuelle. On ne comprend pas l'organisation des oeuvres. Des tableaux qui se répondent ont été séparés, différentes époques mélangées de sorte qu'on perd le fil... L'idée que Rouault plaisait au Japon parce que sa peinture, cernant les contours de traits noirs vigoureux, ressemblerait aux calligraphies d'extrême-orient, est sans cesse affirmée sans pour autant se donner les moyens de convaincre. Ainsi, curieusement, au lieu de mettre en regard des oeuvres de Rouault des calligraphies japonaises, on a préféré placer des petites reproductions d'estampes, choisies en fonction d'une familiarité thématique sans que les différences stylistiques soient problématisées.
Cet argument est présenté, malheureusement, au détriment d'autres commentaires sur les sources d'inspiration du peintre. Les références aux contemporains (Matisse excepté) en sont complétement escamotées: nulle part il ne sera question de Toulouse-Lautrec et Degas, des Nabis et des expressionnistes, avec qui Rouault était pourtant en dialogue constant - et avec qui il partageait une même révolte contre la société, sa violence, ses laideurs.
La beauté des oeuvres sauve l'exposition. On retiendra notamment ces beaux portraits stylisés, encadrés dans le cadre pour les placer encore davantage dans la représentation, et qui irradient de couleur entre les cernes noirs, icônes profanes. Les clowns plâtrés, à la limite de la sculpture tant la peinture y est travaillée en relief, et permet un jeu de la lumière sur la surface du tableau. Le traitement extrêmement humaniste des thèmes religieux, qui rappellent l'expérience douloureuse de la souffrance et de la guerre.
vendredi 17 octobre 2008
La misère
La tendance en matière d’agriculture, tout comme en finance internationale, a été tournée vers la déréglementation et la baisse du rôle de l’État. Ceci a eu des effets désastreux et l’exposition à la volatilité des marchés a détruit la vie de personnes innocentes. (...)En attendant, certaines des plus grandes entreprises agroalimentaires internationales ont enregistré des bénéfices exceptionnels. Bunge, le négociant en produits alimentaires, a vu ses bénéfices pour le second trimestre d’exercice en 2008 croître de 583 millions de dollars, c’est-à-dire qu’ils ont quadruplé par rapport à la même période l’année dernière. Les ventes mondiales de Nestlé ont progressé de près de 9 % au cours du premier semestre 2008, et le supermarché britannique Tesco a fait part de bénéfices en hausse de 10 % par rapport à l’année dernière. Le semencier Monsanto a fait part d’une hausse de 26 % de son chiffre d’affaires pour atteindre un résultat record de 3,6 milliards de dollars pour le trimestre d’exercice se terminant le 31 mai 2008.
Des politiques agricoles nationales inadaptées ou mal contrôlées, associées à des règles commerciales déloyales et de mauvais conseils économiques, ont créé une situation où les grands négociants et supermarchés profitent de la hausse des prix, et où les petits agriculteurs et les consommateurs se retrouvent perdants.
Voir le site d'Oxfam
jeudi 16 octobre 2008
De la Marseillaise
Personne ne s'étonne pourtant qu'à l'inverse lorsque les valeurs républicaines proclamées par la Marseillaise sont bafouées publiquement et officiellement (dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale par exemple) il n'y ait pas de sifflets ? Pas de sifflets pour cette loi infâme du 23 février sur les aspects positifs de la colonisation, qui finalement a été retirée suite à la mobilisation citoyenne initiée par les profs d'histoire, pas (assez) de sifflets pour le ministère de l'identité nationale et du karcher, trop de calme pour la rétention de sûreté et Edvige... N'est-ce pas aussi insulter la Marseillaise que de rester silencieux lorsque des propos, ou des prises de position, bafouent notre belle terre abreuvée du sang des martyrs morts pour la liberté? Il faudrait s'insurger aussi de certains silences...
Evidemment au stade de France le message politique était un peu flou... Contre la France, contre Laam, contre les contrôle d'identité à l'entrée du stade, contre le gouvernement présent au match, contre la défaite inévitable de la Tunisie contre la France... Les petits guignols du stade avaient mal préparé leur propos, mais bon, ils venaient pour un match de foot... Alors on pourrait prendre les sifflets un peu plus à la légère (et en profiter au passage pour se demander ce qu'il est advenu du plan banlieue, un peu relégué au placard derrière les boucliers fiscaux et autres)...
- petit regret, ajouté en fin de journée...
Finalement, en lisant la presse tunisienne telle que relayée par le Courrier International, on se dit qu'être ferme, réprimer sévèrement les manifestations antipatriotiques, les dénigrements qui portent atteinte à la sécurité de l'Etat ou à l'égo de son chef, eh bien ça permet de vivre vraiment dans un pays merveilleux où tout va bien. Madame la Marquise.
Autre addendum: sur la question juridique des possibles poursuites contre lesdits petits cons, voir l'article très éclairant d'un avocat sur le blog de Me Eolas.
mardi 14 octobre 2008
RSA, un acronyme de plus?
Hirsch répond qu'en effet, on a du mal à imposer une nouvelle mesure sociale: il y a une certaine lassitude, suite à l'accumulation des mesures qui ont été prises depuis vingt ans, le RMI, la Prime pour l'emploi, les APL etc, et qui n'ont pas résolu le problème de la pauvreté. Il y a un certain scepticisme ambiant qui tend à miner les politiques alors même que la pauvreté a cessé de diminuer en France depuis plus de 10 ans. Il y a 7 millions de personnes sous le seuil de pauvreté. La moitié sont des exclus du travail, l'autre moitié sont des travailleurs pauvres. On croyait que les "working poor" c'était un phénomène américain lié à la déréglementation du travail, et pourtant, en France, malgré la hausse du salaire minimum, il y a de plus en plus de travailleurs pauvres. Le phénomène de la pauvreté n'est donc pas identique au phénomène du chômage.
Le RSA a trois objectifs : rationaliser et coordonner les multiples aides existantes, faciliter le retour au travail, réduire la pauvreté de ceux qui travaillent.
Jusque là, toutes les propositions de lutte contre la pauvreté ont échoué à cause de l'absence d'accord entre la gauche, la droite et tous les partenaires sociaux. Les uns proposaient une augmentation du SMIC, les autres une revalorisation du RMI, et personne ne voyait comment résoudre le problème de l'écart entre les deux. Pour sortir de l'impasse, il fallait s'assurer que toute augmentation de travail augmente les revenus (au lieu que, par un effet de seuil, on risque de baisser ses revenus en travaillant, par la suppression brutale des aides associées au RMI). Le RSA propose donc une fusion du RMI et de la Prime pour l'Emploi. Le RMI avait été créé à l'origine pour les gens dans l'incapacité de travailler. Or il y a actullement 1, 2 millions de RMIstes, dont 1/4 se disent capables de travailler. Le RSA se conçoit donc comme un instrument de substitut de revenu pour les sans travail et un complément de revenu pour ceux qui travaillent.
Procédure originale en France, le RSA a fait l'objet d'une expérimentation dans plusieurs départements avant que sa généralisation ne soit envisagée dans toute la France. François Bourguignon est président du comité d'évaluation. Il rappelle que, lorsqu'il était au Conseil d'Analyse Economique, il avait dénoncé dans le RMI un phénomène de 'trappe à pauvreté' qui avait un effet désincitatif sur la reprise de l'emploi, d'où la création dela prime pour l'emploi.
L'expérimentation pour le RSA est un dispositif exceptionnel en France, bien que pratiqué plus couramment dans d'autres pays (Etats-Unis, Canada). Comparant des zones test et des zones témoin dans un même département, on constate qu'il y a des taux de retour à l'emploi supérieurs dans les zones RSA. L'évaluation est encore imprécise mais montre bien une différence. A ce stade pourtant il est difficile de savoir si c'est le dispositif lui-même, ou bien sa nouveauté, qui crée une différence.
La parole maintenant à Olivier Ferrand, du 'think tank' de gauche Terra Nova, qui va jouer le rôle de rabat-joie, axant ses critiques sur trois points:
- le RSA ne vise que les travailleurs pauvres et abandonne les chômeurs; il ne permet pas une revalorisation du RMI (revalorisé de 1,2% cette année alors que l'inflation était de 3%)
- il est financé principalement en ponctionnant la Prime pour l'Emploi, ce qui revient à dépouiller les pauvres pour redonner aux pauvres, au lieu de s'attaquer aux riches qui sont protégés par les 'niches fiscales'
- le principe de retour à l'emploi repose sur des contrats aidés qui sont de moins en moins garantis par l'Etat. En plus, beaucoup d'études montrent que ce n'est pas l'incitation financière qui permet un retour à l'emploi. Et quant à la simplification administrative, ce n'est qu'un détail.
Ferrrand conclut d'un vibrant: "le RSA de droite, c'est bien différent d'un RSA de gauche!' ...
Un peu vexé de l'attaque, Hirsch rétorque vivement. Oui le RMI est trop bas, bien en dessous du seuil de pauvreté, et décroche par rapport à l'inflation; il faudrait reprendre le débat sur les minima sociaux au lieu de faire des primes de Noël! Mais en ce qui concerne le RSA, il s'agissait de viser l'efficacité afin que les gens arrêtent de dire que la politique sociale ne sert à rien. Le RSA, ce n'est pas une dégradante opposition entre salariés pauvres et chômeurs pauvres, au contraire, puisqu'il permet un continuum. Concernant le financement, la prime pour l'emploi était actuellement plafonnée à 4,7 SMIC. En reprendre n'était pas choquant. Mais il fallait s'attaquer aussi aux niches fiscales, d'où cette mesure sur un impôt sur les revenus du capital.
Et la simplification administrative est loin d'être un détail: la complexité des multiples aides a des effets très concrets sur les familles qui se voient réclamer des remboursements d' "indus" (aides versés à quelqu'un qui ne remplissait plus les critères) alors qu'elles sont déjà en difficulté financière.
Bourguignon répond sur l'effet emploi: on fait des mesures justement pour évaluer cela, et jusqu'ici les évaluations montrent qu'il y a un effet emploi... Mais en effet, c'est peut être l'accompagnement, et pas l'incitation financière, qui a un effet, il est un peu tôt pour affiner l'analyse.
Questions de la salle.
- que fait-on des 18-25 ans (pas concernés par le RMI) ?
-MH. Il va falloir inventer des dispositifs spécifiques. Il y a eu de nombreuses discussions et certains partenaires sociaux dénonçaient un risque à faire des jeunes des allocataires du RMI dès 18 ans.
- pourquoi généraliser si rapidement avant d'avoir des résultats complets de l'expérimentation?
- MH. On avait peur que, si on attendait trop, il n'y ait plus d'argent. Et quand on voit le contexte actuel (la crise financière), on se dit qu'on n'est pas passé loin !
- comment éviter que les effets de trappe du RMi ne se reproduisent avec le RSA?
- MH: le système des aides connexes va changer. Il y aura une réduction progressive de ces aides (transport, logement, CMU etc), qui permettra de lisser les effets de seuil.
- RB. On voit que le RSA fonctionne bien avec les contrats aidés, on peut se demander alors s'il peut fonctionner sans, et s'il peut fonctionner dans un contexte de reprise du chômage?
- MH. C'est en effet une question. Mais sur les contrats aidés, cela ne concernait que 1/3 des reprises de travail, les 2/3 étaient des contrats classiques.
-OF. Il faudrait pour mieux lutter contre la pauvreté que le RMI soit indexé sur le pouvoir d'achat, et que le RSA soit intégré dans une politique plus large: sécurisation des parcours professionnels, création d'emploi, lutte contre le travail précaire. Le RSA risque en effet de financer le travail à temps partiel.
- FB. Oui il risque de rendre le travail à temps partiel plus attractif, mais alors il faudra distinguer le temps partiel subi et le temps partiel choisi.
(je passe sur le revenu d'existence, qui fera l'objet d'un post à part lorsque j'aurai vraiment compris de quoi il s'agit)
En nous quittant, MH annonce la tenue en novembre prochain d'un forum à Grenoble sur l'expérimentation sociale. Et réaffirme son credo: le RSA ne procède pas d'un changement moral sur les travailleurs, mais sur la société qui autorise actuellement le travail gratuit (ie qu'on ne gagne rien en reprenant le travail et en renonçant au RMI), une forme moderne de l'esclavage.
(Merci à Vincent Braconnay pour ses notes précises et ses explications sur la taxation à 100% des travailleurs pauvres)
Pour en savoir plus, voir le "site de propagande officielle" dixit Martin Hirsch, ou le dernier numéro de RCE.
