Amineh, une Palestinienne qui a grandi en Syrie et habite désormais aux Etats-Unis. Spécialiste de santé publique, elle aimerait pouvoir travailler dans les territoires palestiniens mais pour cela il lui faudrait la carte d'identité palestinienne, un document qui lui imposerait un passage encore plus difficile par les checkpoints. Elle m'explique que tout Palestinien est soumis aux rayons X, ce qui l'inquiète beaucoup. Elle me parle de son père, atteint d'un cancer:
"it is hard for me to write about me and my father's story. he has cancer and every 3 months he has to come to the usa for treatment. he has american passport, but he also has palestinian id and lives in palestine. he says crossing checkpoints and borders is worse than his cancer and enduring the hassle is worse than enduring his treatment... it has cost me so much money to go back and forth to be with him while he crosses as he is so frail weak and so tired and no one else from inside is allowed or easily can leave to be with him in israel or abroad for his treatment."
Amal, ma copine Palestinienne-Israélienne ("Arabe israélienne" selon une terminologie officielle qui tend à effacer leur histoire) qui étudie aux Etats-Unis:
"I would also add something about me feeling the same thing when I LEAVE home and how much I felt helpless and unable to help you even that I am a "citizen". I am glad that you had Noga's number, because she would know what to do or whom to call..I would not able to do the same. I would need a parliament member to intervene, an immigration high rank laywer or just a Jewish name to even make the contact with officials at the airport..your experience reminded me of how much outside the system I am."
mardi 16 décembre 2008
lundi 15 décembre 2008
Sécurité et démocratie
Moi qui ai tant voyagé, sans souci, passant avec facilité les files « passeport européen », et attendant tranquillement l’heure de l’embarquement avec un bouquin, voilà que je vais détester les aéroports.
Jeudi 12 décembre, 10h à Rome. J’ai peu dormi, peu mangé, depuis que je suis partie de Paris vingt six heures auparavant. Beaucoup attendu.
D’Israël je n’aurai vu que l’aéroport Ben Gourion, les agents de la sécurité (surtout des femmes, souvent jeunes), et le petit centre de rétention où j’ai passé la nuit.
J’arrive devant la jeune femme qui contrôle les passeports. Elle regarde mon nom. Hésite. Me demande le prénom de mon père, fait une moue dubitative. Le prénom de mon grand-père, me fait répéter plusieurs fois. Le nom de ma mère. Un nom français, ça ne l’intéresse pas. C’est quoi le nom de votre père déjà ? Vous avez de la famille ici ? Non, mon père est d’origine tunisienne. Se tourne vers son collègue, montre le passeport. Décide de m’emmener dans une salle d’attente pour « contrôle de sécurité ».
Plusieurs Arabes dans la salle d’attente : ils arrivent des Etats-Unis et viennent rendre visite à leur famille en Palestine. J’ai un premier entretien, avec une femme très gentille, qui visiblement ne croit pas que je viens en touriste. Je reviens dans la salle d’attente. Deuxième entretien, après une heure d’attente. On reprend depuis le début : mon nom, celui de mon père et de mon grand-père, mon itinéraire et le but de la visite, qui je connais en Israël. Je donne le nom de mon ami israélienne, son numéro de téléphone. Le nom de l’ami allemand qui va me rejoindre aussi. Vous voyagez seule ? Oui. Vraiment, vous n’avez pas peur ? Non, je devrais ?
Troisième entretien, avec deux jeunes filles. L’une est très méfiante. Elle me dit qu’ils ont beaucoup de problèmes en Israël avec les Français qui viennent pour jeter des pierres aux soldats. Je réponds que je ne jette pas des pierres sur les gens en France et je n’ai pas l’intention de venir en Israël pour jeter des pierres sur les gens. Elle me demande ma religion. Pas convaincue non plus par le multiconfessionalisme séculier de ma famille. Décidément je ne rentre pas facilement dans ses cases.
- Pourquoi vous venez en Israël, pourquoi maintenant et pourquoi toute seule ? Vous n’avez pas d’ami ? vous savez que vous êtes au milieu du conflit du Moyen Orient ? D’ailleurs qu’est-ce que vous pensez de ce conflit ?
- Oh vous savez, je suis très ouverte, je viens ici pour découvrir et pour comprendre.
- Mmm . Vous faites partie d’associations, d’organisations humanitaires ou de défense des droits de l’homme ?
Je dis non. Ce n’est pas exact, je suis membre d’Amnesty, mais je ne suis pas venue à ce titre, et en aucun cas je ne représente l’organisation.
Est-ce que j’ai de la famille ou des amis en Israël. De la famille, non. Une amie oui, rencontrée à Seattle. Noga. Je donne son nom, son numéro de téléphone. Encore.
On me renvoie dans la salle d'attente où la télé braille. J'attends près de trois heures. La jeune fille revient, énervée, dit que ça va mal se passer pour moi. Nouvel entretien avec une autre femme, des services d'immigration. Elle me dit qu'ils ont trouvé des choses sur moi sur internet. Quoi ? Un « ami » musulman en prison aux Etats-Unis. Je pense à mes prisonniers du Supermax, avant de réaliser que l’officier de l’immigration fait allusion à une pétition que j’avais signée l’an dernier concernant un Palestinien-Américain emprisonné sans procès. Je lui explique que cela ne signifie pas que je soutiens ses opinions politiques. Elle me dit qu’il y a d’autres choses mais ne me dit pas quoi. Le deal serait alors que je trouve quelqu’un en Israël pour poser sur moi une caution de 8 000 euros, alors j’aurai un visa de deux semaines avec interdiction d’aller en Cisjordanie. Sinon, prochain vol pour Paris, le lendemain matin.
L’amie d’Amel, Noga, une Israélienne qui habite Tel Aviv et que j’avais rencontrée à Seattle, parle avec les agents, dit qu’elle ne peut pas se procurer cette somme dans la nuit, alors que les banques sont fermées. Elle fait même intervenir un avocat. Rien n’y fait. De toutes façons je ne sais plus si j’ai envie d’entrer aux conditions qu’ils posent. Je suis fatiguée. Il est 21h à Tel Aviv, j’ai atterri à 15h. Le temps passe, lentement.
On fouille mes bagages en détail, mes vêtements même. Les femmes ne sont pas méchantes, certaines ont presque l’air embarrassé. Personne ne me dit ce qui a motivé le refus. Pas d'explication.
Courte nuit dans une cellule somme toute confortable pour une prison (six lits superposés, douche et toilettes dans une pièce séparée, et sandwichs à disposition sur la table). Moi qui voulais aller en Terre Sainte me changer les idées, voilà qu’au contraire je fais l’expérience directe de mon sujet de recherche : une étrangère, suspecte, mise en prison et renvoyée illico presto d’où elle est venue.
Les heures s’écoulent, je passe mentalement en revue tout ce qu’ils ont pu trouver sur internet, notamment mes travaux sur les Palestiniens en Syrie, mais ils ne m’ont pas posé de question là dessus, pas de question sur la Syrie. Pas de question sur les pays que j’ai visités. Pas de question sur mon passeport neuf. Finalement j’ai l’impression qu’ils me reprochent de ne pas leur avoir donné de réponse à des questions qu’ils n’ont pas posées. Ils insistaient seulement pour savoir si j’avais de la famille en Israël. Je n’étais pas crédible comme touriste : seule, avec un programme flou, sans réservation d’hôtel. Avec un nom arabe surtout.
Je pense à Jérusalem. J’ai l’impression un peu irréelle d’être dans un mauvais rêve. Je ne me suis pas battue. Je n’ai pas insisté pour savoir ce qu’ils me reprochaient. J’étais lasse des heures d’attente. Ils ont gagné de ma résistance: user du pouvoir discrétionnaire c'est retirer à l'individu toute prise sur le réel; comme la décision de refus n'était pas motivée, je ne pouvais pas même répondre à leurs suspicions. J'ai des raisons de croire, de toutes façons, que la décision était bien plus idéologique que sécuritaire (je ne suis ni impliquée dans des groupes terroristes, ni même lanceuse de pierres!).
Les policiers m’emmènent dans l’avion. C’est à Rome que j’éclate en sanglots, quand je me retrouve au poste d’un carabinieri bien gentil qui ne comprend pas ce qui s’est passé et ne sait pas quoi faire de moi. Finalement il décide qu’il n’est pas nécessaire de m’accompagner jusqu’à l’avion pour Paris, et me libère dans la zone de transit.
Politiques préventives. Je n’ai rien fait mais je suis suspecte, comment alors prouver que je ne suis pas dangereuse ? Mon passeport porte désormais la marque « Israël – visa denied ».
Je reçois des messages d'amis, d'amis d'amis, d'amis d'amis d'amis. On me raconte des aventures similaires. Des Israéliens qui déplorent qu'au lieu de les protéger leur police assassine chaque jour un peu plus leur pays. Un intellectuel juif israélien qui appelle au boycott universitaire. Un journaliste chrétien palestinien qui me dit de ne pas abandonner, car alors "la violence, le racisme et la discrimination" vaincraient. Une prof d'histoire de l'université de Bir Zeit qui a peur d'être elle-même refoulée chaque fois qu'elle revient d'une conférence à l'étranger. Et ma copine Amal, qui étudie la littérature aux Etats-Unis parce qu'elle ne supportait plus la condescendance de l'université de Tel Aviv, me rappelle que son nom arabe lui donne toujours droit à des heures d'interrogatoire à chaque passage par l'aéroport de Tel Aviv; elle fait partie de ceux qu'on appelle les "Arabes Israéliens", qui se désignent comme "Palestiniens de 1948", et dont l'avenir est toujours incertain (voir les récentes déclarations de la ministre des affaires étrangères).
Jeudi 12 décembre, 10h à Rome. J’ai peu dormi, peu mangé, depuis que je suis partie de Paris vingt six heures auparavant. Beaucoup attendu.
D’Israël je n’aurai vu que l’aéroport Ben Gourion, les agents de la sécurité (surtout des femmes, souvent jeunes), et le petit centre de rétention où j’ai passé la nuit.
J’arrive devant la jeune femme qui contrôle les passeports. Elle regarde mon nom. Hésite. Me demande le prénom de mon père, fait une moue dubitative. Le prénom de mon grand-père, me fait répéter plusieurs fois. Le nom de ma mère. Un nom français, ça ne l’intéresse pas. C’est quoi le nom de votre père déjà ? Vous avez de la famille ici ? Non, mon père est d’origine tunisienne. Se tourne vers son collègue, montre le passeport. Décide de m’emmener dans une salle d’attente pour « contrôle de sécurité ».
Plusieurs Arabes dans la salle d’attente : ils arrivent des Etats-Unis et viennent rendre visite à leur famille en Palestine. J’ai un premier entretien, avec une femme très gentille, qui visiblement ne croit pas que je viens en touriste. Je reviens dans la salle d’attente. Deuxième entretien, après une heure d’attente. On reprend depuis le début : mon nom, celui de mon père et de mon grand-père, mon itinéraire et le but de la visite, qui je connais en Israël. Je donne le nom de mon ami israélienne, son numéro de téléphone. Le nom de l’ami allemand qui va me rejoindre aussi. Vous voyagez seule ? Oui. Vraiment, vous n’avez pas peur ? Non, je devrais ?
Troisième entretien, avec deux jeunes filles. L’une est très méfiante. Elle me dit qu’ils ont beaucoup de problèmes en Israël avec les Français qui viennent pour jeter des pierres aux soldats. Je réponds que je ne jette pas des pierres sur les gens en France et je n’ai pas l’intention de venir en Israël pour jeter des pierres sur les gens. Elle me demande ma religion. Pas convaincue non plus par le multiconfessionalisme séculier de ma famille. Décidément je ne rentre pas facilement dans ses cases.
- Pourquoi vous venez en Israël, pourquoi maintenant et pourquoi toute seule ? Vous n’avez pas d’ami ? vous savez que vous êtes au milieu du conflit du Moyen Orient ? D’ailleurs qu’est-ce que vous pensez de ce conflit ?
- Oh vous savez, je suis très ouverte, je viens ici pour découvrir et pour comprendre.
- Mmm . Vous faites partie d’associations, d’organisations humanitaires ou de défense des droits de l’homme ?
Je dis non. Ce n’est pas exact, je suis membre d’Amnesty, mais je ne suis pas venue à ce titre, et en aucun cas je ne représente l’organisation.
Est-ce que j’ai de la famille ou des amis en Israël. De la famille, non. Une amie oui, rencontrée à Seattle. Noga. Je donne son nom, son numéro de téléphone. Encore.
On me renvoie dans la salle d'attente où la télé braille. J'attends près de trois heures. La jeune fille revient, énervée, dit que ça va mal se passer pour moi. Nouvel entretien avec une autre femme, des services d'immigration. Elle me dit qu'ils ont trouvé des choses sur moi sur internet. Quoi ? Un « ami » musulman en prison aux Etats-Unis. Je pense à mes prisonniers du Supermax, avant de réaliser que l’officier de l’immigration fait allusion à une pétition que j’avais signée l’an dernier concernant un Palestinien-Américain emprisonné sans procès. Je lui explique que cela ne signifie pas que je soutiens ses opinions politiques. Elle me dit qu’il y a d’autres choses mais ne me dit pas quoi. Le deal serait alors que je trouve quelqu’un en Israël pour poser sur moi une caution de 8 000 euros, alors j’aurai un visa de deux semaines avec interdiction d’aller en Cisjordanie. Sinon, prochain vol pour Paris, le lendemain matin.
L’amie d’Amel, Noga, une Israélienne qui habite Tel Aviv et que j’avais rencontrée à Seattle, parle avec les agents, dit qu’elle ne peut pas se procurer cette somme dans la nuit, alors que les banques sont fermées. Elle fait même intervenir un avocat. Rien n’y fait. De toutes façons je ne sais plus si j’ai envie d’entrer aux conditions qu’ils posent. Je suis fatiguée. Il est 21h à Tel Aviv, j’ai atterri à 15h. Le temps passe, lentement.
On fouille mes bagages en détail, mes vêtements même. Les femmes ne sont pas méchantes, certaines ont presque l’air embarrassé. Personne ne me dit ce qui a motivé le refus. Pas d'explication.
Courte nuit dans une cellule somme toute confortable pour une prison (six lits superposés, douche et toilettes dans une pièce séparée, et sandwichs à disposition sur la table). Moi qui voulais aller en Terre Sainte me changer les idées, voilà qu’au contraire je fais l’expérience directe de mon sujet de recherche : une étrangère, suspecte, mise en prison et renvoyée illico presto d’où elle est venue.
Les heures s’écoulent, je passe mentalement en revue tout ce qu’ils ont pu trouver sur internet, notamment mes travaux sur les Palestiniens en Syrie, mais ils ne m’ont pas posé de question là dessus, pas de question sur la Syrie. Pas de question sur les pays que j’ai visités. Pas de question sur mon passeport neuf. Finalement j’ai l’impression qu’ils me reprochent de ne pas leur avoir donné de réponse à des questions qu’ils n’ont pas posées. Ils insistaient seulement pour savoir si j’avais de la famille en Israël. Je n’étais pas crédible comme touriste : seule, avec un programme flou, sans réservation d’hôtel. Avec un nom arabe surtout.
Je pense à Jérusalem. J’ai l’impression un peu irréelle d’être dans un mauvais rêve. Je ne me suis pas battue. Je n’ai pas insisté pour savoir ce qu’ils me reprochaient. J’étais lasse des heures d’attente. Ils ont gagné de ma résistance: user du pouvoir discrétionnaire c'est retirer à l'individu toute prise sur le réel; comme la décision de refus n'était pas motivée, je ne pouvais pas même répondre à leurs suspicions. J'ai des raisons de croire, de toutes façons, que la décision était bien plus idéologique que sécuritaire (je ne suis ni impliquée dans des groupes terroristes, ni même lanceuse de pierres!).
Les policiers m’emmènent dans l’avion. C’est à Rome que j’éclate en sanglots, quand je me retrouve au poste d’un carabinieri bien gentil qui ne comprend pas ce qui s’est passé et ne sait pas quoi faire de moi. Finalement il décide qu’il n’est pas nécessaire de m’accompagner jusqu’à l’avion pour Paris, et me libère dans la zone de transit.
Politiques préventives. Je n’ai rien fait mais je suis suspecte, comment alors prouver que je ne suis pas dangereuse ? Mon passeport porte désormais la marque « Israël – visa denied ».
Je reçois des messages d'amis, d'amis d'amis, d'amis d'amis d'amis. On me raconte des aventures similaires. Des Israéliens qui déplorent qu'au lieu de les protéger leur police assassine chaque jour un peu plus leur pays. Un intellectuel juif israélien qui appelle au boycott universitaire. Un journaliste chrétien palestinien qui me dit de ne pas abandonner, car alors "la violence, le racisme et la discrimination" vaincraient. Une prof d'histoire de l'université de Bir Zeit qui a peur d'être elle-même refoulée chaque fois qu'elle revient d'une conférence à l'étranger. Et ma copine Amal, qui étudie la littérature aux Etats-Unis parce qu'elle ne supportait plus la condescendance de l'université de Tel Aviv, me rappelle que son nom arabe lui donne toujours droit à des heures d'interrogatoire à chaque passage par l'aéroport de Tel Aviv; elle fait partie de ceux qu'on appelle les "Arabes Israéliens", qui se désignent comme "Palestiniens de 1948", et dont l'avenir est toujours incertain (voir les récentes déclarations de la ministre des affaires étrangères).
dimanche 23 novembre 2008
La Grande Guerre
Deux semaines après les commémorations du 90e anniversaire de la fin de la Première Guerre Mondiale, voici un extrait d'un livre passionnant sur les conséquences de la guerre sur la société française "14-18, retrouver la Guerre". Avant l'extrait, choisi pour son caractère comique, un petit mot de l'ouvrage: Stéphane Audouin-Rouzeau et Annette Becker y analysent la spécificité de la Grande Guerre, notamment au regard de la violence (le massacre de masse, la pulvérisation des corps sur le champ de bataille), de la mobilisation idéologique, du deuil. La mobilisation idéologique n'était pas réductible à de la simple propagande, affirment les auteurs, qui cherchent à rendre compte du profond consentement à la guerre qui a caractérisé l'Europe (avant les mouvements pacifistes et les mutineries sur lesquelles les commémorations actuelles insistent davantage). Cette mobilisation prenait les dimensions d'une véritable "croisade" contre l'ennemi, croisade dans laquelle étaient mobilisées les dimensions religieuses mais aussi pseudo scientifiques de la haine de l'autre. Ainsi on put entendre à l'Académie de médecine la présentation d'un opuscule intitulé "Bromidrose fétide de la race allemande" :
(Dr Bérillon, 1915. Cité par Audouin-Rouzeau et Becker, p147-148)
On peut se réjouir que ce texte nous fasse bien rire, maintenant que les Boches sont nos potes dans l'Europe. Cela laisse pensif tout de même sur les pouvoirs de la science...
"l'Allemand, qui n'a pas développé le contrôle de ses impulsions instinctives, n'a pas cultivé davantage la maîtrise de ses réactions vasomotrices. Par là, il se rapprocherait de certaines espèces animales chez lesquelles la peur ou la colère ont pour effet de provoquer l'activité exagérée de glandes à sécrétion malodorantes (...) La principale particularité organique de l'Allemand actuel c'est qu'impuissant à amener par sa fonction rénale surmenée l'élimination des éléments uriques, il y ajoute la sudation plantaire. Cette conception peut s'exprimer en disant que l'Allemand urine par les pieds"
(Dr Bérillon, 1915. Cité par Audouin-Rouzeau et Becker, p147-148)
On peut se réjouir que ce texte nous fasse bien rire, maintenant que les Boches sont nos potes dans l'Europe. Cela laisse pensif tout de même sur les pouvoirs de la science...
lundi 10 novembre 2008
Eaux troubles
Puisque c'est la mode de la semaine, et aussi parce que je viens de finir le pavé de Scahill, voici un exemple des défis qui attendent le nouveau président des Etats-Unis: Blackwater, l'armée de mercenaires la plus puissante du monde, véritable géant de la sécurité privée qu'on retrouve sur les contrats les plus lucratifs depuis l'Iraq jusqu'à l'Afghanistan en passant par les gazoducs d'Asie centrale et les inondations de la Nouvelle-Orléans.
L'enquête magistrale de Jeremy Scahill, parue en 2007 a été rééditée en 2008 à la lumière des dernières auditions sur l'affaire de Nisour square, ce carrefour de Baghdad où des mercenaires de Blackwater ont ouvert le feu sur des civils iraquiens sans raison apparente. 17 morts. Aucun coupable puisque Blackwater bénéficiait d'un décret d'immunité connu sous l'appellation d' "Order 17", par lequel Paul Bremer, dès 2004, empêchait le gouvernement iraquien de poursuivre les sous-traitants privés devant les juridictions iraquiennes; l'armée américaine ne bénéficiait pas de tant d'indulgence, puisque les infractions aux règlements étaient traduites en cour martiale.
L'affaire de Nisour Square n'a donc abouti qu'à une enquête parlementaire, qui a montré l'ampleur de la privatisation des domaines jusque là réservés au gouvernement. A l'été 2007, il y avait plus de 180 000 "sous traitants" (private contractors) en Iraq, contre 160 000 soldats américains. Contrairement à l'opinion largement répandue, ces compagnies privées n'interviennent pas seulement dans les domaines proprement civils (infrastructure, pétrole etc) mais aussi dans les opérations de type militaire; si on ne connaît pas les chiffres des civils travaillant sur des missions de "sécurité", on sait qu'ils représentent plusieurs dizaines de milliers de personnes. Encore à l'heure actuelle. Des dizaines de milliers de mercenaires armés, sans réelle supervision, sans règlement contraignant, et hors de tout cadre juridique.
Il y a là de quoi faire froid dans le dos. Et Jeremy Scahill nous rappelle ainsi que les événements qui avaient précédé le siège de Fallouja étaient intimement liés à l'intervention de Blackwater en Iraq. Vous vous souvenez de ces images de quatre "civils" américains tués par la foule en Iraq, dont les corps avaient été traînés à travers toute la ville, mutilés, et montrés aux télévisions du monde entier comme avertissement à l'Amérique ? Il ne s'agissait pas de gentils ingénieurs venus réparer les conduites d'eau, il s'agissait de mercenaires de Blackwater en route pour une mission d'escorte des vivres destinés à l'armée américaine (la logique économique est ici à chercher du côté des copinages privés), qui ont traversé la ville de façon tout à fait inconsciente, alors que l'agitation était grande une semaine après que des habitants, qui protestaient contre l'occupation d'une école par l'armée, se soient fait tirer dessus par des soldats et des mercenaires de blackwater qui se trouvaient ensemble dans le bâtiment. Le lynchage des quatre "civils" en mars 2004 provoqua une telle émotion aux Etats Unis que l'armée américaine décida de poursuivre les criminels, et de "pacifier" Fallouja par tous les moyens. La ville de 350 000 habitants fut encerclée par un millier de marines, et deux bataillons de soldats iraquiens, bombardée jour et nuit pendant une semaine, faisant environ 600 morts (en majorité femmes et enfants), et des milliers de déplacés. Au lieu de remettre en question l'intervention des compagnies de sécurité privée, cet événement ne fit que renforcer leur position : Blackwater, bien que critiqué par l'armée américaine (qui jugeait la concurrence déloyale et néfaste pour son image en Iraq), remporta de nouveaux contrats... Et pas seulement en Iraq. Car les ambitions de la firme étaient bien planétaires. On la retrouve ainsi le long des pipelines de la Caspienne, dans des contrats de coopération militaire notamment avec l'Azerbaïjan. On la retrouve à recruter des troupes d'élite au Chili, parmi les anciens pro-Pinochet.
On la retrouve, bien sûr, en Afghanistan. Mais aussi, chose plus inattendue, à la Nouvelle Orléans... immédiatement après que le cylcone Katrina eut frappé la ville, le 29 août 2005, Blackwater annonça sa volonté d'apporter son aide aux secours d'urgence. Au lieu de secouristes, ce sont des gardes de sécurité qui ont été envoyés, pour s'assurer que les riches villas, hôtels et magasins ne soient pas pillés. Et loin d'être un secours bénévole, les contrats remportés par Blackwater s'élevèrent à plusieurs millions de dollars - dont 73 millions en contrats avec le gouvernement américain, notamment pour "protéger" les locaux de la FEMA, l'organisme public chargé des secours d'urgence. Alors que les miliciens armés jusqu'aux dents affluaient dans la ville dévastée, les habitants sinistrés n'avaient toujours pas d'eau ou de vivres. Obama notait alors avec ironie que, à sa connaissance, aucune attaque terroriste n'était prévue à la Nouvelle Orléans et qu'on aurait pu faire un usage plus judicieux des fonds publics en de telles circonstances.
Toujours avide de nouveaux marchés, Blackwater plaide activement pour une intervention américaine au Darfour qui s'appuie sur 'le professionalisme' des compagnies privées de sécurité. Et pour une 'professionnalisation' des milices qui gardent la frontière américano-mexicaine.L'enquête de Scahill, loin de s'arrêter à un catalogue de scandales, s'attarde longuement sur la biographie des principaux acteurs, pour montrer comment ils ont constitué leurs réseaux dans les milieux de la droite chrétienne conservatrice, et ont bénéficié de l'interpénétration des milieux d'affaires et des milieux politiques.
L'enquête magistrale de Jeremy Scahill, parue en 2007 a été rééditée en 2008 à la lumière des dernières auditions sur l'affaire de Nisour square, ce carrefour de Baghdad où des mercenaires de Blackwater ont ouvert le feu sur des civils iraquiens sans raison apparente. 17 morts. Aucun coupable puisque Blackwater bénéficiait d'un décret d'immunité connu sous l'appellation d' "Order 17", par lequel Paul Bremer, dès 2004, empêchait le gouvernement iraquien de poursuivre les sous-traitants privés devant les juridictions iraquiennes; l'armée américaine ne bénéficiait pas de tant d'indulgence, puisque les infractions aux règlements étaient traduites en cour martiale.
L'affaire de Nisour Square n'a donc abouti qu'à une enquête parlementaire, qui a montré l'ampleur de la privatisation des domaines jusque là réservés au gouvernement. A l'été 2007, il y avait plus de 180 000 "sous traitants" (private contractors) en Iraq, contre 160 000 soldats américains. Contrairement à l'opinion largement répandue, ces compagnies privées n'interviennent pas seulement dans les domaines proprement civils (infrastructure, pétrole etc) mais aussi dans les opérations de type militaire; si on ne connaît pas les chiffres des civils travaillant sur des missions de "sécurité", on sait qu'ils représentent plusieurs dizaines de milliers de personnes. Encore à l'heure actuelle. Des dizaines de milliers de mercenaires armés, sans réelle supervision, sans règlement contraignant, et hors de tout cadre juridique.
Il y a là de quoi faire froid dans le dos. Et Jeremy Scahill nous rappelle ainsi que les événements qui avaient précédé le siège de Fallouja étaient intimement liés à l'intervention de Blackwater en Iraq. Vous vous souvenez de ces images de quatre "civils" américains tués par la foule en Iraq, dont les corps avaient été traînés à travers toute la ville, mutilés, et montrés aux télévisions du monde entier comme avertissement à l'Amérique ? Il ne s'agissait pas de gentils ingénieurs venus réparer les conduites d'eau, il s'agissait de mercenaires de Blackwater en route pour une mission d'escorte des vivres destinés à l'armée américaine (la logique économique est ici à chercher du côté des copinages privés), qui ont traversé la ville de façon tout à fait inconsciente, alors que l'agitation était grande une semaine après que des habitants, qui protestaient contre l'occupation d'une école par l'armée, se soient fait tirer dessus par des soldats et des mercenaires de blackwater qui se trouvaient ensemble dans le bâtiment. Le lynchage des quatre "civils" en mars 2004 provoqua une telle émotion aux Etats Unis que l'armée américaine décida de poursuivre les criminels, et de "pacifier" Fallouja par tous les moyens. La ville de 350 000 habitants fut encerclée par un millier de marines, et deux bataillons de soldats iraquiens, bombardée jour et nuit pendant une semaine, faisant environ 600 morts (en majorité femmes et enfants), et des milliers de déplacés. Au lieu de remettre en question l'intervention des compagnies de sécurité privée, cet événement ne fit que renforcer leur position : Blackwater, bien que critiqué par l'armée américaine (qui jugeait la concurrence déloyale et néfaste pour son image en Iraq), remporta de nouveaux contrats... Et pas seulement en Iraq. Car les ambitions de la firme étaient bien planétaires. On la retrouve ainsi le long des pipelines de la Caspienne, dans des contrats de coopération militaire notamment avec l'Azerbaïjan. On la retrouve à recruter des troupes d'élite au Chili, parmi les anciens pro-Pinochet.
On la retrouve, bien sûr, en Afghanistan. Mais aussi, chose plus inattendue, à la Nouvelle Orléans... immédiatement après que le cylcone Katrina eut frappé la ville, le 29 août 2005, Blackwater annonça sa volonté d'apporter son aide aux secours d'urgence. Au lieu de secouristes, ce sont des gardes de sécurité qui ont été envoyés, pour s'assurer que les riches villas, hôtels et magasins ne soient pas pillés. Et loin d'être un secours bénévole, les contrats remportés par Blackwater s'élevèrent à plusieurs millions de dollars - dont 73 millions en contrats avec le gouvernement américain, notamment pour "protéger" les locaux de la FEMA, l'organisme public chargé des secours d'urgence. Alors que les miliciens armés jusqu'aux dents affluaient dans la ville dévastée, les habitants sinistrés n'avaient toujours pas d'eau ou de vivres. Obama notait alors avec ironie que, à sa connaissance, aucune attaque terroriste n'était prévue à la Nouvelle Orléans et qu'on aurait pu faire un usage plus judicieux des fonds publics en de telles circonstances.
Toujours avide de nouveaux marchés, Blackwater plaide activement pour une intervention américaine au Darfour qui s'appuie sur 'le professionalisme' des compagnies privées de sécurité. Et pour une 'professionnalisation' des milices qui gardent la frontière américano-mexicaine.L'enquête de Scahill, loin de s'arrêter à un catalogue de scandales, s'attarde longuement sur la biographie des principaux acteurs, pour montrer comment ils ont constitué leurs réseaux dans les milieux de la droite chrétienne conservatrice, et ont bénéficié de l'interpénétration des milieux d'affaires et des milieux politiques.
jeudi 6 novembre 2008
mercredi 5 novembre 2008
quelques mots sur l'élection

Heureusement qu'il y a des villes et de la mer en Amérique... voyez les cartes de la géographie électorale. Cette division se reproduit d'ailleurs de manière très intéressante à l'échelle de l'Etat de Washington, où les villes (Seattle, Spokane, Olympia)tranchent sur les zones rurales désertiques. On pourrait appeler cela le syndrome du cow boy...
Il n'en reste pas moins que l'Amérique est le monde des possibles, capable du pire comme du meilleur, et que c'est bon de pouvoir croire en l'avenir.
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